Bataille de Morhange - Sarrebourg

16 janvier 2015

Une autre " Petite Garnison" Morhange 1890-1918

Annexée au sein du Reichsland en 1871, Morhange voit son destin basculer par l’ordonnance impériale du 1er février 1890. Préférée à Château-Salins, jugée trop proche de la frontière avec la France, la ville est transformée en place militaire par Guillaume II. L’administration allemande, qui a prévu de bâtir une cité et un glacis défensif, engage des moyens financiers sans précédents pour mener à bien les travaux de construction des casernes et des annexes sur les terrains acquis à l’est du petit bourg. Les alentours de la localité se métamorphosent en un immense chantier. La ville nouvelle devient une colonie militaire entourée de casernes et d’écuries. La garnison de Morhange devient, dès 1904, la deuxième plus importante de Lorraine après celle de Metz. Elle compte alors plus de 4 000 soldats pour une population de 7 000 habitants, composée en majorité de cultivateurs et de vignerons.

Une riche et en partie inédite iconographie permet de faire revivre la période de l’annexion, de l’arrivée des premiers militaires allemands venus coloniser Morhange en avril 1890 à la libération de la ville par les troupes françaises en novembre 1918, ponctués par les grandes manœuvres du XVIe corps d’armée, les visites du Kaiser et s’achevant dans le sang de la bataille des 19 et 20 août 1914, l’une des premières de la Grande Guerre.

Publié aux Editions des Paraiges à Metz

Couverture livre

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19 septembre 2014

ECHEC A MORHANGE

Dans le cadre des commémorations du centenaire des batailles de Lorraine, les éditions Ysec à Louviers, viennent de rééditer le livre écrit par Jacques Didier "Echec à Morhange" remanié par un nouveau chapitre et de nouvelles iconographies.

245 pages, prix: 20 euros.

Ouvrage vendu en librairie.

Couverture Echec

 

 

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14 août 2014

Peintre A. Reich évoquant la bataille de Morhange dans son tableau

Représentation des éléments français de la 39e division attaqués et repoussés par l'infanterie bavaroise à l'ouest de Morhange, imaginé par le peintre allemand A. Reich.

 

Marthil - Copie

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18 juillet 2014

LA NECROPOLE NATIONALE FRANCAISE DE RICHE

   Au moment où l’on s’apprête à commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale, parmi les multiples commémorations en Lorraine, je veux évoquer celle de Riche et les origines de sa Nécropole nationale française qui remontent aux tragiques journées des 19 et 20 août 1914, où nos vaillants soldats ont reçu le baptême du feu et sont tombés pour la France et la délivrance de l’Alsace et de la Lorraine. Toutes ces victimes de la première heure ont été inhumées sur les lieux des combats.

   L’autorité militaire allemande de la garnison de Morhange, face à l’hécatombe, ordonne quelques jours après la bataille, la mise provisoire en fosses communes des corps français et allemands (près de 400 français et 300 bavarois). Une cérémonie a lieu le 25 août 1914, en fin d’après-midi sous la pluie, débutant par une bénédiction des fosses. L’abbé Mercier, curé de Riche, accompagné de l’archiprêtre Brech de Morhange, parcourt les fosses en les aspergeant d’eau bénite en présence du pasteur et du rabbin de Morhange ; les aumôniers militaires allemands ont été conviés à l’absoute. Les honneurs ont été rendus par un détachement bavarois en armes, en présence des autorités de la ville de Morhange, d’une délégation des Sapeurs- Pompiers, des habitants et des enfants des écoles venus assister au service funèbre. A la fin de la cérémonie, des couronnes et des fleurs sont déposées sur chaque fosse à l’endroit même du champ de bataille.

    L’arrêté de M. le Préfet de la Moselle, en date du 25 janvier 1921, autorise la création d’un cimetière militaire mixte sur le territoire de la commune de Riche. Avec le regroupement de nombreux cimetières de la région, celui de Riche recueille les glorieux restes des héros provenant de Pévange, Fonteny, Achain, Bidestroff, Kerprich et Oron. Il regroupe 2 415 corps dont 1 088 en deux ossuaires. Ces soldats français appartenaient aux 20e et 15e corps d’armée. Dans une partie de la nécropole se trouvent des tombes russes, provenant de soldats décédés dans les camps de prisonniers de Morhange.

   Rare nécropole à posséder sa chapelle de style néo-gothique datée de 1847, provenant du parc du château de Bathelémont, commune de Saint-Médard (Moselle), donnée par leur propriétaire Mlle de Bourcier, Mme la Comtesse et M. le comte Georges Bourcier en 1927, à M. l’abbé Mercier, curé de Riche. Six vitraux remarquables.

   Dans ce cimetière repose la dépouille du sous-lieutenant de Curières de Castelnau du 4e B.C.P., fils du général de Castelnau, tombé le 20 août 1914 à Pévange.

   Le monument situé au milieu de la nécropole, en forme de pyramide tronquée, a été érigé sur l’initiative du Groupe Turenne (anciens du 37e d’infanterie), et a été inauguré le 24 août 1924 en présence du général de Castelnau.

   Au cours de la célébration du premier anniversaire de la bataille, le général de Maud’huy, en trois phrases lapidaires, dit qu’il ne parlera pas aux morts. Leurs âmes sont au-dessus des choses terrestres. Mais il est une chose qui ira jusqu’à eux. Et il commande aux clairons et tambours de sonner successivement le Réveil, le Garde à vous ! Au Drapeau ! Et enfin la Charge.

(Tiré du livre de Jacques Didier, Lorraine 1914 Guide des lieux de mémoire Morhange, le Grand Couronné de Nancy. Ysec 2004.)

 

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(Collection de l'auteur)

 

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02 juillet 2014

Combat de Vergaville : récit d'un officier allemand

   On ne peut se faire une idée de l’importance des combats qui se sont déroulés en Lorraine, où, Allemands et Français qui se font face, ont formé une ligne de front ininterrompue s’étendant sur une centaine de kilomètres.

   Un officier allemand blessé au combat à Dieuze dresse le tableau de la bataille :  

   « L’affrontement principal, au cours duquel huit corps d’armée français ont été refoulés entre Metz et les Vosges et qui, grâce à une poursuite impitoyable les a fait refluer vers leurs bases principales, s’est produit le jeudi 20 août. Dans la nuit du 19 au 20, nous nous attendions à une attaque française, nous avions dormi dans des tranchées près de Bourgaltroff. Mais, bien que de temps en temps des tirs de groupes de reconnaissance aient été échangés, les Français n’avançaient pas. C’est alors que vers 5 h 30, de notre côté, l’ordre d’attaquer les positions françaises à l’ouest et à l’est de Dieuze est ordonné. Les Français occupaient un avant-poste près du bois de Monacker, au nord-ouest de Vergaville. Nos troupes les prennent sous un feu intense, auquel ils ripostent vigoureusement. Sous la puissance de nos mitrailleuses, le feu de l’infanterie française décroit alors en intensité et malgré les obstacles, telle l’avoine encore sur pied dans les champs, nos hommes se sont rués sur l’ennemi avec un courage frénétique, en poussant l’attaque vers l’avant. Pendant l’avancée, un feu flanquant provenant de quelques maisonnettes dans les parcelles du vignoble, au bord des bois de Monacker, et devant être occupées par des blessés, nous interpelle. Bientôt, nos troupes mettent fin à cette manœuvre ignoble, passant par les armes les occupants des maisons et détruisant celles-ci. Les troupes allemandes s’emparent de l’aile droite suite à une brillante attaque à la baïonnette. Les Français ébranlés se retirent et s’enfuient en direction de leur position. Les champs couverts de cadavres français témoignent de la razzia épouvantable que la mort avait faite parmi eux. Tout le monde reculait vers sa position principale, d’où un tir d’artillerie masqué, meurtrier tentait de retenir nos vaillants garçons. Mais en vain ! C’est vers l’avant et avec une force irrésistible que les côtes étaient gravies, et sous cette poussée ainsi que sous le tir énergique de l’artillerie allemande, l’ennemi évacue sa position principale sur toute la ligne. A notre gauche le combat progresse, l’ennemi fuyait vers Dieuze, de là, les troupes retraitaient vers Lunéville.

   Des voiturées de cartouches françaises tapissaient le sol. Déjà lors de la prise de la position française, nous avions trouvé des mulets qui étaient encore chargés de mitrailleuses et d’autre matériel et, dans la position principale de l’ennemi, des batteries de très gros calibre, dont les chevaux n’avaient pas encore dételés, mais abattus avec leur harnachement et qui gisaient sur le sol. Toute la route de Vergaville à Guébling était recouverte de pantalons rouges, preuve que, même lors de sa retraite, des pertes énormes ont été infligées à l’ennemi. Un major français, voyant son bataillon détaler, se positionna sur le talus d’un fossé et donna lui-même la mort. Par centaines les Français étaient faits prisonniers et suppliaient qu’on les laisse en vie. Partout ça grouillait de prisonniers français. Nombre d’épisodes peuvent démontrer le peu de résistance que l’ennemi manifestait malgré " l’enthousiasme"  dont il se vantait. Trois groupes de nos hommes ont délogé une section française de 100 hommes d’un bâtiment d’une gare. Ces derniers, il est vrai ouvrirent le feu sur le peu d’Allemands s’approchant, mais, nos hommes ne se laissaient pas intimider et lorsqu’ils étaient à une centaine de mètres, les Français tendirent un drapeau blanc, pour mettre leur vie et leur santé en sécurité. Par contre, les troupes allemandes étaient animées d’un héroïsme qui produisait les résultats les plus brillants.

   Dans ce combat, on eut l’impression que chez les Français, le tir des blessés était méthodique. De cette manière, un grand nombre de guerriers allemands ont laissé leur vie, parmi lesquels le colonel d’un régiment. Après ces sombres expériences, du côté allemand on est devenu prudent et on enlève les armes aux prisonniers français, avant de s’occuper d’eux. L’ambulance travaillait de manière exemplaire, la main dans la main. »

(Tiré d'un ouvrage allemand sur la guerre 1914.)

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05 mai 2014

DIEUZE-LUNEVILLE - Le repli du 23e bataillon de chasseurs alpins

   Après être intervenu à Vergaville, le 20 août 1914, à 1 heure du matin, le médecin auxiliaire Giraud du 23e B.C.A. affecté à la 2e compagnie, évoque le moment où le bataillon doit se replier en direction de Lunéville. Il faut abandonner les blessés et une partie de la formation sanitaire. A peine sorti de la zone où tombent les balles, il témoigne des difficultés de la marche en colonne sur la route fortement encombrée.

   « 20 août 18 h 30 – Nous arrivons à Bourdonnay. Beaucoup d’encombrement et de désordre. Les corps et les convois s’entremêlent. Le général Carbillet (29e DI) fulmine.

   Je cherche du pain et n’en trouve pas. Des femmes sont affolées : « Les Allemands vont venir ». Elles se tordent les mains ; ce désespoir nous peine, mais nous réjouit tout de même : nous sommes bien dans la vraie France.

   Un hussard nous apprend que l’état-major du 16e corps est près d’ici à Maizières. Les choses ne sont donc pas en si mauvais point, puisque nous sommes en liaison avec le 16e corps qui est, dit-on, victorieux. Nous voudrions rallier le 23e. Nous ne le retrouvons nulle part et bourdonnay se vide. Il ne faut pas que l’affaire de Gélucourt se renouvelle. Le 24e bataillon débouche, prend la route de Lagarde. Le repli continue.

   La marche devient de plus en plus difficile en raison de l’encombrement de la route. Nous longeons son bord gauche. A droite descendent des convois et de l’artillerie. Au milieu, des hussards. Tout cela se heurte et se mélange. Qu’arriverait-il si les Allemands lançaient des uhlans sur une pareille cohue, Ils feraient tous les prisonniers qu’ils voudraient. Nous essayons de marcher dans les champs. Des hommes y dorment. La nuit est trop sombre ; nous rencontrons des fossés, des fil de fer. Il faut y renoncer. Nous avançons lentement ; la marche est coupée de longs arrêts.

   23 heures – Nous sommes à Lagarde, où les combats de couverture furent si sanglants. C’est toujours la cohue. Voici des voitures d’ambulance du 16e corps qui vont à Lunéville. Qu’est-ce que cela signifie ? Le 16e corps est en pleine retraite, de même le 13e et 8e. Ils se sont heurtés comme nous à des retranchements bétonnés, hérissés de canons lourds. La défaite est générale. Il n’y a plus de tenaille ! Un général aux traits tirés qu’accompagne un groupe d’officiers à cheval, nous dépasse. C’est le général Taverna qui commande le 16e corps. Nous tombons de haut.

   Nous sortons de Lagarde, suivant toujours le 24e. Une odeur âcre, horriblement fétide nous prend à la gorge. Des Tumulus s’élèvent tout le long de la route, surmontés de croix de branchages qu’on devine dans la nuit. Nos soldats sont là-dessous, à peine recouverts de terre. C’est horrible.

   L’atmosphère change. Nous pénétrons dans un brouillard très dense, une humidité pénétrante. Nous franchissons un canal : le canal de la Marne au Rhin, que nous longions depuis un moment.

   Minuit – Nous arrivons à un petit village. Une plaque indicatrice porte le nom de Xures. Nous avons donc repassé frontière. Ordre est donné de prendre un temps de repos à la sortie du village. Il y a une ferme. Les chasseurs envahissent le grenier pour prendre de la paille. Certains emportent des gerbes non battues.

   Nous étendons deux toiles de tente sur le sol dans un fossé. J’ai un manteau alpin que j’ai rapporté de Dieuze ; je m’y roule et m’étends à côté de notre chef et de mes camarades. Nous sommes dans une ouate de brume, nous dormons ».

(Extrait du journal de marche du médecin auxiliaire Giraud)

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27 mars 2014

Les Chasseurs bavarois enlèvent le village de Conthil proche de Morhange

   Le 20 août à 6 heures du matin, le 1er bataillon de chasseurs bavarois marche en direction de Conthil. Les 1ère et 3e compagnies, venant de Zarbeling, se déploient serrant à droite et à gauche tandis que la 2e compagnie se décale à gauche et que la 4e compagnie suit derrière au centre. A une distance d’environ 600 m. les 1ère et 3e compagnies ouvrent le feu et occupent la bordure est de Conthil ; à 8 heures du matin, ils pénètrent dans le village.

   La 2e compagnie déloge rapidement les tireurs ennemis en plein champ au sud du village situé à l’ouest de Lidrequin. Pendant ce temps, les 1ère et 3e compagnies gagnent la bordure ouest de Conthil. Alors qu’ils se concentrent dans la rue du village, à environ 100 m. à l’extérieur de la localité, une fusillade parvient depuis des fenêtres et des lucarnes au sous-sol d’une maison entourée d’un grillage en fer de 2 m. de haut

    Toutes les tentatives pour prendre d’assaut la forteresse échouent et coûtent de lourdes pertes aux bavarois. Finalement, le commandant du bataillon interdit toute nouvelle attaque et regroupe des fragments des deux compagnies pour les employer à nettoyer l’intérieur des maisons à l’extrémité du village.

   A 9 h, La 4e compagnie est maintenant arrivée en bordure nord et les tireurs ennemis qui s’approchent à 1000 m de l’ouest, sont forcés de faire marche arrière.

   A 10 h, les 1ère et 3e compagnies s’installent en bordure ouest  pour la défense du village. Une partie de la 2e compagnie qui se trouve au sud vient en renfort pour les aider. Depuis le Haut de Koeking, l’artillerie ennemie envoie maintenant ses projectiles. C’est seulement à midi, que le commandant du bataillon de chasseurs demande au 5e groupe du 5e régiment d’artillerie de réserve bavarois de prévoir une brèche dans la sinistre maison en bordure ouest. 20 minutes plus tard, 90 hommes de troupe entraient en force.

   Conthil est maintenant détenu par le 1er bataillon de chasseurs bavarois.  Le test de pénétrer par les hauteurs à l’ouest du village a permis de progresser malgré la barrière de feu peu efficace de l’artillerie ennemie au Haut de Koeking.

 

 

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19 janvier 2014

Trophées de guerre

    Dans son roman « Catherine soldat », Adrienne Thomas, en réalité Herta Strauch, résidant avec ses parents, commerçant installés à Metz, évoque ses souvenirs et notamment les événements qui se passent en gare de Metz après la bataille du 20 août 1914 à Morhange. Le passage des prisonniers français, le transfert des civières de grands blessés allemands vers les hôpitaux. La Mutte de la cathédrale sonnant pour annoncer aux messins la victoire des troupes allemandes à Morhange. Le 29 août 1914 au matin, les canons français pris près de Morhange traversent la ville pour être exposés sur la place d’Armes.

   Document saisissant des canons et caissons à munitions, fourgons, pris après les combats et présentés au pied de la cathédrale, comme trophées à la population de Metz.

Metz - Copie

Document collection de l'auteur

 

 

 

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16 janvier 2014

Le Poirier sacré d'Oron

   Avant 1992, en sortant du village d’Oron, situé dans la vallée de la Nied, on pouvait apercevoir à droite sur une faible éminence - la cote 260 des militaires - le monument élevé par les gens d’Oron aux soldats français morts pour leur délivrance. Monument blanc, brillant au soleil et sur lequel étaient gravés les noms des 77 officiers, sous-officiers et soldats français inhumés hâtivement après la bataille du 20 août 1914. Tout à côté, un modeste poirier, un poirier sacré disaient les gens du pays, car il avait été un témoin blessé de la bataille d’Oron-Chicourt-Morhange. Il va vous dire ce qu’il a entendu, ce qu’il a vu ce jour-là, car tel un être humain, il avait des yeux pour voir et des oreilles pour entendre :

« Pendant sept heures consécutives, de 8 heures du matin à 3 heures de l’après-midi, j’ai assisté au plus épouvantable concert qu’il soit possible d’entendre : sifflement de balles, crépitement de la fusillade, aboiement ou miaulement des projectiles, fracas d’explosion d’obus, de shrapnels de tous calibres lancés par les Allemands tapis dans les bois de Chicourt et de Villers-sur-Nied. Je servais en quelque sorte de point de repère à l’ennemi pour atteindre nos Français en position dans mon voisinage, qui faisaient partie du 43e colonial et du 146e régiment d’infanterie, sous les ordres du général Wirbel (extrême gauche de l’armée de Castelnau).

 « Mais comment raconter en détail tout ce que j’ai vu ? C’est impossible. Bien que situé sur un mamelon de faible altitude, je dominais cependant la vallée de la Nied et toutes les routes du terrain de la bataille.

  «  J’ai vu tomber plus de quatre cents des nôtres, dont le colonel Tardiu, le commandant Gibault, le capitaine Battesti, le capitaine Saläum, le sous-lieutenant Gosbert, le brave maréchal des logis Hanrion, sans compter les officiers et soldats postés en éclaireurs en avant des bois de Chicourt.

   « À un certain moment, tout en continuant à entendre le vacarme infernal, j’étais aveuglé par la mitraille allemande qui m’avait dépouillé de mes branches et de mes feuilles. Comment n’ai-je pas, à mon tour,  succombé à mes blessures ? Dieu seul le sait. J’ai pu constater la belle conduite des gens d’Oron s’empressant de soigner les blessés remplissant les maisons, la salle d’école, l’église et je dois signaler, en particulier, le dévouement de l’instituteur, Joseph Guerbeurt, recueillant à ses risques et périls - ils étaient grands - les pièces d’identité et objets précieux trouvés sur les morts, afin de les faire parvenir à leurs familles en temps utile et par voie sûre. Le ruban rouge serait, certes, bien placé sur la poitrine de ce bon lorrain qui risqua sa vie. »

   « Après les combats, remis de mes émotions et de mes blessures ; mes branches ont repoussé et j’étais tout étonné, mais heureux, de porter au printemps des fleurs et à l’automne des fruits. Mon feuillage, le matin, donnait un peu d’ombre aux tombes sur nos morts, pieusement entretenues par les bonnes gens d’Oron « Voilà pourquoi l’on m’appelle le poirier sacré ».

Oron Monument

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13 janvier 2014

La mise en défense de la Seille

   Le 14 août 1914, conformément aux directives qu’elle a reçues, la 2e armée a rassemblé ses forces actives dans la région de Nancy pour entamer sa marche offensive en direction du Nord-Est, Ces instructions lui indiquent de se couvrir dans la direction inquiétante du vaste camp retranché de Metz-Thionville. La protection de Nancy est confiée au 2e groupe de divisions de réserve commandée par le général Durand. Le groupement ennemi lancé contre le front Nord du Grand Couronné, disposant de troupes de toutes armes, se heurte aux avant-postes de la 59e division, disposés le long de la Seille inférieure et dont le centre est le bourg important et le pont de Nomeny. Le rôle dévolu aux avant-postes consiste à couvrir les lignes principales de résistance, reconnaître l’ennemi, le contenir pour donner au gros des troupes le temps et l’espace qui leur permettront de prendre leurs dispositions de combat.

   Des consignes sévères sont données tout le long de la frontière. Le 1er août, la gare de Nomeny est fermée au trafic des marchandises et, dans la soirée, au transport de voyageurs. A 5 heures du soir, le clairon, aux notes brèves et voilées, puis le tocsin lugubre, retentissent successivement dans les rues et du haut de la vieille tour médiévale.

    À 6 heures, un dragon, dans une auto militaire, passe à toute allure, pour aller porter, aux derniers villages frontières, l’ordre de mobilisation. Il n’y a plus de doute possible : c’est la guerre. La dépêche ministérielle a spécifié que le premier jour de la mobilisation est le 2 août ; mais pendant toute la nuit, les gendarmes ont distribué des ordres individuels aux deux tiers de la population.

   A 7 h 30, une troupe bruyante défile en chantant la Marseillaise. Ce sont les mobilisés des villages nord-est : Raucourt, Abaucourt et Mailly qui s’en vont rejoindre leur corps. Ceux de Nomeny ne tardent pas à les suivre : les femmes pleurent ; les enfants s’accrochent à leurs pères ; mais du côté des hommes, les adieux sont brefs et les larmes contenues : dans l’épreuve comme dans la joie, le  Lorrain sait dominer son émotion.

   Le lendemain 2 août, des troupeaux de bêtes réquisitionnées affluent des villages frontières et se dirigent vers les trains de combat de la 22e brigade, 37e et 79e occupés à des travaux de défense, sur les pentes du Mont Toulon et du Mont Saint-Jean.

(Extrait de : Ch. Rolin, La Défense du Couronné de la Seille.)

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29 décembre 2013

A propos des visites des champs de bataille

   Dans les derniers jours précisément dimanche, le 30 août 1914, les champs de bataille dans les environs de Dieuze ont été visités par un grand nombre de personnes civiles, à pied, en vélo et en auto.

   Tout en comprenant le désir de la population de faire connaissance au plus vite avec le sol où nos soldats allemands ont combattu d’une façon sanglante avec l’ennemi, je ne puis tolérer, dans l’intérêt militaire que ces visites sur le champ de bataille aient lieu tant que les opérations militaires durent dans les pays frontières.

   Il en est de même des visites dans les lieux où se trouvent des étapes militaires. Ces visites devront être restreintes pour les cas où il s’agirait d’aller voir des membres de famille gravement blessés

   Il est tout à fait interdit aux autorités civiles de délivrer des passeports aux vélocipédiste, chauffeurs ou propriétaires d’autos, leur facilitant la visite des champs de bataille

   Enfin, il est aussi défendu à toute personne non compétente de recueillir des armes et pièces d’équipement sur les champs de bataille. Les contrevenants seront punis.

                                                                                               Le général commandant

 (Article extrait de la Gazette lorraine.)

 

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Une équipe de femmes charitables au service des blessés

   Au moment de la bataille de Morhange, l’activité pastorale de tous les curés des paroisses concernées par les combats, va aller bien au-delà de leur sacerdoce. L’abbé Schowing, curé de Rodalbe, petit village proche de Morhange et de Lidrezing, aux confins du Saulnois et du pays Albenois, rédige une chronique dans laquelle il note qu’au cours de ces trois jours que durent les combats, le service sanitaire allemand est débordé. S’exposant au danger et risquant sa vie, il constitue avec ses paroissiennes une équipe de bénévoles pour s’occuper des blessés.

   « Le 18 août, le Kronprinz Rupprecht de Bavière est venu à Rodalbe passer une inspection des troupes qui vont devoir livrer bataille dans le secteur de Morhange.

    Le 19, C’est dans l’après-midi que commence la bataille sur le plateau de Lidrezing entre la ferme du Haut de Koeking et le Bois Renardvignes.

   Des avions français survolent le village. Les cloches sonnent pour la dernière fois pour la messe. Fort tonnerre de canons. Des troupes de toutes sortes traversent le village en direction de la frontière. On s’attend à une bataille sur la commune de Rodalbe. Les Français ne doivent plus être très loin. Des chariots garnis de paille quittent le village pour se rendre sur le champ de bataille, en vue de ramasser les blessés. La bataille fait rage près de Lidrezing, ainsi qu’entre Baronville et Destry. Vers 3 h, des médecins débarquent à Rodalbe. Le presbytère, l’école et l’église ont été aménagés en salles d’opérations, en salles de pansements ou en infirmerie. Des braves gens amènent des matelas et des draps. Même les plus pauvres ne restent pas à l’écart. Le drapeau blanc à croix rouge flottait sur le presbytère, sur l’école et sur l’église. Vers 5 h, arrivèrent les voitures de blessés, l’une derrière l’autre. Comme tous ces braves combattants sont arrangés Quel spectacle épouvantable Partout des blessés : dans l’église, la salle de classe, le presbytère, la mairie, le cimetière autour de l’église, les rues près de l’école. Et sans cesse d’autres arrivent. Les femmes et les jeunes filles, avec le curé en tête, s’occupent charitablement des blessés et leur apportent du lait, du miel, du sirop, des œufs, du café, du pain, etc..., bref, tout ce que leur inspire l’amour du prochain. Les pauvres blessés, amis ou ennemis, sont touchés par les bons soins que les gens leur prodiguent. Vraiment la population a fait preuve d’un grand dévouement, car plus de 600 blessés ont été soignés par elle. Vers 7 h du soir arrive un transport de prisonniers français. Durant toute la nuit une confusion totale règne dans le village. »

(extrait de la chronique des années du guerre à Rodalbe. Les Amis du pays d'Albe n° 29/1998.)

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11 décembre 2013

MONUMENT DE MORHANGE

L’Obélisque de Morhange en granit gris des Vosges, haut de onze mètres, inauguré le 20 août 1921, immortalise le sacrifice des milliers de soldats tombés au cours de la bataille. Il se dresse sur le bord de la crête de Morhange d’où l’on découvre un superbe panorama du champ de bataille. Détruit en 1944, il a été reconstruit à l’identique avec des fonds allemands et inauguré le 23 août 1964. Sur la face avant on lit cette inscription :

AUX SOLDATS FRANÇAIS TOMBÉS GLORIEUSEMENT A LA BATAILLE DE MORHANGE

LES 19 ET 20 AOÛT 1914

 

Morhange 03

Morhange 2012

Table d'orientation nouvellement installée sur le site

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10 décembre 2013

A l'Assaut de la cote 343

   Dans ses notes qu’il rédige depuis son lit d’hôpital, le sergent fourrier Gabolde, servant au 69e R.I., nous fournit certains détails concernant l’assaut mené par le 1er bataillon, le 20 août 1914, au moment de la contre-offensive allemande sur le Haut de Koeking, cote 343.

   « L’ordre d’attaque est remis au commandant Segond à l’entrée du bois de Bride. Nous quittons la route et par un chemin en sous-bois, nous progressons vers la lisière du Haut de Koeking à l’assaut de la cote 343 qui domine le pays de Morhange….

   Mais à peine étions-nous empêtrés dans les hautes avoines qui gênent notre course qu’une fusillade nourrie éclate de toute part. Des rafales de mitrailleuses couchent les avoines et nous forcent à nous jeter à plat ventre. Autour de moi des cris et des plaintes. Je vois mes camarades qui se traînent vers les lisières en laissant de longues traînées de sang. Mon attention est bientôt attirée par des balles plongeantes qui viennent nous clouer au sol ; l’ennemi, qui est grimpé dans les arbres du bois, se sert de nous comme cibles vivantes…

   A peine dans le bois, je trouve notre commandant de compagnie blessé et le lieutenant étendu qui agonise à côté de lui. Le capitaine commandant la 4e compagnie est tué et est demeure dans le champ d’avoine.

   L’ordre de repli immédiat est transmis oralement. Il faut quitter les lieux rapidement, et, en fait de blessés, nous ne pouvons emmener que le commandant qui râle étendu sur nos fusils. Le bois est cerné, et la fusillade invisible demeure nourrie. »

(Extrait des cahiers du sergent fourrier. Souvenirs de la Grande Guerre. Edition L’Harmattan, Paris)

 

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20 août 2013

Parmi les Héros de la bataille de Morhange

Tombe Cdt Jacques

 
Commandant  JACQUES (Pierre Edmond) – Né en 1867. Du 53e R.I. de la 63e brigade de Narbonne commandée par le général  Diou. Mortellement frappé en conduisant avec la plus grande énergie son bataillon à l’attaque des positions fortifiées du bois Vulcain, le 20 août 1914.

   Le 53e était cantonné dans la forêt de Rorbach-les-Dieuze, le 19 août 1914, et devait attaquer le 20 à 4 heures du matin, le village de Cutting qui était puissamment défendu. Deux bataillon du 53e sortirent de la forêt et le général Diou qui commandait l’attaque, fut tué le fusil à la main. Le commandant jacques prit alors le commandement et fut tué également. Les troupes ayant perdu leurs chefs lâchèrent pied, abandonnant les blessés à l’ennemi qui les achevèrent brutalement. Le commandant jacques s’était déjà signalé par ses brillantes qualités militaires dans les campagnes d’Algérie et du Maroc. Son corps repose au cimetière de Sainte-Marie-aux-Chênes (Moselle), son village natal.
(D'après le livre d'or du Souvenir Français)
 

 

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