20 août 2011
20 août 1914. Le sac de Dalhain
Au mépris des conventions
Lorsqu’on quitte le petit village de Dalhain, situé à quelques kilomètres de Morhange, pour se rendre en direction de Bellange, la petite route fait un coude. Sur le bord, un petit monument surmonté d’une croix rappelle qu’à cet endroit un assassinat a été commis par les Allemands. La stèle a été érigée à l’emplacement même de la fosse commune dans laquelle les corps de l’abbé Calba et ceux des 13 soldats français ont été inhumés. De cette tragédie, plus aucune trace ne subsiste aujourd’hui, sinon que des cartes postales anciennes représentant le village et l’église incendiés. Sur la plaque du monument aux morts sont inscrits les noms des victimes civiles et militaires de la commune de Dalhain. Les rapports établis sur ce drame après-guerre sont similaires. Ceux-ci reprennent, de façon détaillée, les circonstances dans lesquelles l’assassinat a été perpétré. Les enquêtes diligentées par l’évêché de Nancy et de Metz auprès des différents témoins, mettent en lumière les actes commis sur la population, les soldats français et l’abbé Calba. Les faits réunis se résument ainsi :
Le 19 août, le 20e corps d’armée, commandé par le général Foch, est arrivé aux portes de Morhange. Il s’apprête à reprendre l’offensive au matin du 20. À 4 heures du matin, le IIe corps d’armée bavarois venant de Destry, contre-attaque en force les éléments avancés de la 39e division partis à l’attaque en direction de Baronville. Les unités françaises positionnées à Marthille et à Achain se heurtent à des forces supérieures et trop exposées au feu, sont contraintes de reculer. Les brancardiers se replient. Dans le village de Dalhain, il y a beaucoup de blessés. Il faut leur donner les premiers soins et les évacuer au plus vite. Une ambulance a été installée hâtivement dans la maison d’école, mais elle est insuffisante. Quelques brancardiers en compagnie du sergent Faive organisent dans une grange un second poste de secours.
Au début de l’après-midi, le mouvement de recul des troupes françaises permet aux premières patrouilles allemandes de rentrer dans Dalhain. Elles perquisitionnent dans les maisons et s’assurent qu’il n’y a plus d’ennemis cachés ; on leur répond qu’il n’y a que des blessés dans deux endroits différents. Plusieurs bataillons de passage viennent se désaltérer dans le village. Des soldats du 9e bavarois arrivent à leur tour.
Une fusillade éclate en même temps que deux ou trois obus éclatent.. Les balles s’écrasent sur la maison où se trouvent les blessés. Puis, au bout de dix minutes, le calme se fait. Alors la rue est agitée de colères, de cris, de courses furibondes. Des blessés français ont tiré sur nous !…tous fusillés…Sans autre renseignement, ils se ruent sur les blessés. Ils sont poussés brutalement, piqués par les baïonnettes et montent vers l’église. Les deux derniers se traînent sur les mains et les genoux. Un Allemand prend pitié d’eux et leur fait signe de rentrer au plus vite. Ils restent huit qui vont boitant, trébuchant. Le sergent Faive prêtre bancardier est à leur tête. Il essaie de discuter. Sans doute veut-il expliquer que les blessés ne sont pour rien dans cette fusillade. Un Unteroffizier fond sur lui, lui enlève son képi qu’il lance au loin, lui arrache sa veste, qu’il jette furieusement à terre. Le triste cortège avance péniblement et s’arrête à la hauteur de l’église. Les hommes font face. Le sergent pâle, impassible, se redresse. Devant lui les soldats s’alignent et prennent la position du tireur.
Tout à coup un sifflement déchire le ciel ; au dessus du lieu de l’exécution un shrapnell éclate. Les Allemands courent se cacher. Cinq minutes d’attente…puis les bourreaux reviennent plus furieux. Ils bousculent leurs victimes avec une recrudescence de brutalité. La file lamentable gagne la sortie du village. A ce moment, M. l’abbé Calba, vicaire à Saint-Maur de Lunéville, un enfant de Dalhain, et le docteur Pratbernon, sont joints aux condamnés.
Le doute n’est plus possible quant à la mort, le sergent Faive l’a compris. Sentant qu’il a un devoir à remplir, il s’adresse à ses compagnons : « Mes amis, leur dit-il, recommandez votre âme à Dieu ».
Quelques instants après, une courte panique se produit. Le docteur Pratbernon en profite pour fuir et regagner son ambulance. Il a pu échapper ainsi au massacre. Les autres continuent leur marche à travers les vergers. Au-delà du coude que fait la route, ils s’arrêtent. Ce qui se passa alors, nul ne le sait.
…Ce fut là le lieu de leur martyre, le 20 août, vers 6 heures du soir….
La maison d'école qui a été réquisitionnée par le médecin aide major Pratbernon a servi d'ambulance aux blessés français dès le 19 août. Elle n'a pas été epargnée par les incendiaires. Le bâtiment a été reconstruit sur son emplacement tel qu'on le voit aujourd'hui.
31 juillet 2011
Le tragique destin d'une patrouille de Dragons à Dolving
La cavalerie après avoir accompli sa mission de couverture des 1ère et 2e armées, le haut commandement groupe, le 14 août 1914, les 2e, 6e et 10e divisions de cavalerie en un corps de cavalerie sous le commandement du général Conneau. Ce corps devient une grande unité organisée pour le combat à cheval dont sa puissance de feu a triplé. Il reçoit la mission de poursuivre l’ennemi et de déstabiliser ses forces dans la région de Sarrebourg, laquelle est prévue pour plusieurs jours. Le 18 août, le général Conneau décide de porter sa cavalerie en direction de Sarrebourg et de pénétrer dans la vallée de la Sarre : La 6e division de cavalerie se portera sur Sarrebourg par la rive droite de la Sarre ; la 10e division de cavalerie, sur Haut-Clocher, par Héming et le bois de Rinting.
Le 18 août 1914, le 31e régiment de dragons formant l’avant-garde de la 2e division de cavalerie se porte sur Kerprich- aux-Bois, Langatte et Haut-Clocher. Le 3e escadron (capitaine Brincourt) est en tête d’avant-garde ; sa pointe est commandée par le lieutenant D’Auberjon. Le chef d’escadron Audeoud, commandant le 2e demi-régiment, marche avec. Le maréchal des logis Leclerc est envoyé reconnaître Haut-Clocher. En entrant, il demande à un habitant s’il n’y a plus d’Allemands dans le village, il lui répond « Non », il s’avance, et au détour d’une rue, aperçoit un peloton de uhlans à cheval qui lui tire dessus ; une balle lui traverse le pied. Pour atteindre Dolving et y pénétrer, les cavaliers doivent franchir des obstacles, un duel d’artillerie s’est engagé où les obus passent au-dessus d’eux. Ils peinent à tenir leurs chevaux sous les sifflements et se demandent si les obus ne vont pas se rencontrer. Les Allemands qui sont en position dans des tranchées de chaque côté de Dolving et à flanc de coteaux, tirent sur les dragons aussitôt qu’ils débouchent de la lisière du bois. Les balles qui arrivent drues empêchent le peloton d’avancer dans le village ; elles obligent les cavaliers à se mettre à l’abri. La terre jaillit de partout, pas mal de chevaux sont blessés aux jambes par les ricochets. Face à l’ennemi qui progresse et dans l’impossibilité de rester là, une seule issue, celle de regagner l’escadron. Un cavalier est envoyé pour demander au capitaine ce qu’il faut faire ; trois quarts d’heure se passent et comme il ne revient pas une décision est prise. Le peloton rentre en évitant de repasser devant les tranchées allemandes, mais par un concours de circonstances une décharge partant du haut de la crête prend de flanc les cavaliers au galop. Ce sont des chasseurs à pied qui tirent par mégarde. Dans le fond du vallon, trois où quatre dragons tombent et leurs chevaux sont tués. L’escadron est retrouvé entre Haut-Clocher et Langatte.
Le lieutenant D’Auberjon est tué d’une balle au front. Son corps est retrouvé le lendemain et inhumé par les soins du lieutenant D’Humières. Le chef d’escadron Audeoud qui s’est porté à la rescousse depuis la sortie du village, d’où il a assisté au drame, reçoit une balle dans le ventre et meurt deux heures plus tard au village d’Oberstinzel. Il est enterré par les soins du curé
Au 3e escadron, les pertes sont de 1 officier, le brigadier Roques, 8 cavaliers blessés ou disparus ( Devisot, De Cambry, de Bosschère, Pionetti, Angelini, Porte, Binot, Mercier ). 13 chevaux tués.
Les résultats obtenus au cours des opérations de la matinée et les renseignements recueillis sur l’ennemi démontrent que la cavalerie n’a pas les moyens de briser le front de l’ennemi qui occupe une ligne continue sur la rive ouest de la Sarre, appuyée par une puissante artillerie positionnée sur la rive est.
20 juillet 2011
Sarrebourg sous les tirs des artilleries
Les Bavarois du 1er corps d’armée reprennent possession de la ville de Sarrebourg après le repli des Français et exploitent aussitôt le bénéfice de leur victoire. Le bilan humain est désastreux et les nombreuses destructions plongent les habitants dans le désarroi, laissant augurer des moments difficiles. A peine 8 jours après les grands événements de la bataille des 19 et 20 août 1914, un journaliste allemand en visite à Sarrebourg observe ce que les Français ont laissé après leur passage et porte son regard sur le personnel et les bénévoles qui s’affairent auprès des blessés. Il dresse un premier état des lieux :
Le haut de la ville a beaucoup souffert des tirs de l’artillerie, allemande et française. Les canons allemands étaient en position sur le Tinkelberg, ceux des Français sur le Rebberg. Les casernes situées sur la hauteur, entre ces deux positions, ont été arrosées d’éclats d’obus et de shrapnells. Les blessés qu’on avait installés dans les casernements ont dû être par deux fois descendus des étages supérieurs pour être placés dans les caves. Pendant les premiers tirs de l’artillerie, les équipes d’infirmiers s’apprêtaient à porter un officier français en terre. Elles ont été obligées de déposer le cercueil pour se mettre à l’abri des éclats d’obus. Le lendemain seulement on a pu le porter au cimetière militaire. Dans la grand rue on voit, çà et là, des traces de balles, le clocher du temple protestant a été endommagé, l’église catholique n’a pas été touchée.
C’est un triste spectacle qu’offre le cimetière situé dans le haut de la ville, près de Buhl. Des shrapnells ont causé des dommages à presque tous les monuments qui se trouvent du côté le plus long et contre le mur de derrière. Presque à toutes les tombes, les plaques de marbre portant les épitaphes ont été décrochées et les croix brisées. Contre le mur arrière, nous voyons un monument avec un crucifix de marbre. Le mur contre lequel est appuyé le monument a été détruit tout autour. La tombe a miraculeusement été épargnée. Au milieu du cimetière aussi, les tombes montrent beaucoup de dégâts. L’imposante tombe du curé Kuchly n’a heureusement pas été endommagée, un shrapnell l’a touchée sur le côté droit, mais ne l’a pas endommagé. Seule la chaîne qui l’enclot a été brisée à plusieurs endroits
Le drapeau français a flotté trois jours sur Sarrebourg. Les troupes françaises étaient arrivées inopinément dans la petite ville et l’avaient occupée. Ils commencèrent tout de suite par arrêter toute une suite de notables et de fonctionnaires dont ils craignaient la trahison. C’étaient le conseiller de justice Göttens, le percepteur Vogel, l’inspecteur des ponts et chaussées Viville, l’inspecteur des douanes Mouraux, le ramoneur Bormel, l’hôtelier Bayersdörfer, l’agent de police Nonnenmacher et sa femme. Ces prisonniers furent emmenés en France.
Sur les circonstances qui suivirent immédiatement les combats, un témoin raconte : Aussi loin qu’on puisse voir, il y avait, couchés, des blessés et des morts. Il y avait des mares de sang dans les caniveaux et dans l’air on sentait des exhalaisons de sang. Derrière les positions d’artillerie, les canons étaient entassés à hauteur de maison. Ici gémissait un blessé français, là un sous-officier allemand se tordait de fièvre dans une mare de sang. Un spectacle pour la pitié de Dieu. Des centaines de jeunes hommes, l’espoir de maintes familles, furent fauchés ici. Beaucoup sont morts dans les bras des infirmiers. Il se passera beaucoup de temps avant que les morts soient enterrés et les blessés confiés aux soins des médecins. Notre artillerie n’avait presque pas souffert. Celle des ennemis avait d’autant plus souffert. Les nombreux prisonniers sont maintenant employés à creuser des fosses communes pour donner aux héros du champ de bataille leur lieu de repos. A l’orée d’un bois, on trouve un groupe inhabituel sur un champ de bataille. Trois jeunes fantassins allemands étaient couchés l’un à côté de l’autre, tués par l’explosion d’un obus au milieu d’eux. Leurs mains tendent encore serrées quelques cartes à jouer ; sans doute placés en avant-poste, avaient-ils commencé une partie pour passer le temps quand ils avaient été touchés par l’explosion. L’un de nos officiers a photographié ce groupe de combat certainement rare.
(Traduction tirée de "Bilder aus der Schlacht von Lothringen" )
08 juillet 2011
Mittersheim, le 16e corps fait front aux Bavarois
Le 18 août 1914, le 16e corps d’armée, opérant à la droite de la 2e armée du général de Castelnau, poursuit sa marche en avant. De Zommange, la 31e division se dirige vers Loudrefing et Mittersheim, plus précisément à l’extrémité du système des étangs qui finit par la nappe dite Gross Mühl Weiher. A sa droite, la 32e division doit maintenir le contact avec la 1ère armée, en opérant en direction de Sarrebourg. Le commandement de la VIe armée allemande observe que cette progression menace sérieusement la brèche entre XXIe corps prussien et le Ier corps bavarois et envoie dès la matinée du 18, sa 7e division de cavalerie sur Loudrefing.
La 1ère division d’infanterie bavaroise de réserve reçoit l’ordre d’envoyer un groupe mixte à Mittersheim qui aura pour mission, d’interdire aux Français de franchir la brèche entre les deux corps d’armée. Le général Kneussl, commandant la 1ère brigade bavaroise de réserve, se conformant aux instructions reçues, ordonne au commandant du 2e régiment d’infanterie bavarois de réserve avec les 1er et 3e bataillons et la compagnie de mitrailleuses de se préparer à attaquer sur Mittersheim et sur Loudrefing.
Le canal des Houillères de la Sarre étant un obstacle pour toutes les armes, il faut s’assurer la possession de la route du pont de Mittersheim tout à l’ouest. Le lieutenant-colonel Hebling lance en hâte la compagnie de mitrailleuses et la 12e compagnie qui atteint rapidement le bord occidental contre la forêt avant la route de Loudrefing. Le 1er bataillon prend la direction de Mittersheim, le 3e bataillon (sans la 12e compagnie) se joint à l’attaque au nord du canal des Salines. Le 2e bataillon est mis à la disposition du commandant de la brigade pour suivre en deuxième ligne sur Mittersheim. Le combat éclate violemment de partout et les pertes se multiplient. Le pont et la route qui mènent à Loudrefing sont les principaux objectifs. Le feu des mitrailleuses du 2e régiment en enfilade occasionne une sanglante récolte.
A 19 heures, le 1er groupe du 1er régiment d’artillerie de campagne bavarois de réserve soutient l’attaque depuis la hauteur nord-ouest de l’écluse 14 et déplace son tir plus profondément dans la forêt. Maintenant les tireurs du 2e régiment d’infanterie de réserve bavarois se lèvent et dans la fureur teutonique passent à l’assaut. Même les blessés se traînent avec. Une heure et demie après le combat, l’assaut sur la lisière du bois avait réussi. Les Français sonnent la retraite et prennent le large à l’abri de la forêt non sans laisser de nombreux morts et de blessés sur le champ de bataille.
La poursuite est immédiate, les détachements, séparément, se dirigent jusqu’à la proximité de Loudrefing. Le soir, le XXIe corps d’armée a repris le village. La localité brûle, cependant le combat s’est tu. Le général Kneussl tenant sa tâche pour remplie ramène ses troupes pour la nuit à Mittersheim. Les pertes du 2e régiment d’infanterie bavarois de réserve se chiffrent à 50 morts et 123 blessés, dont 5 officiers. Le transport des blessés s’est fait en premier seulement à l’aide de voitures tirées par des bœufs, car tous les chevaux avaient été enlevés et effectué par une péniche du canal. Les pertes de l’ennemi sont beaucoup plus lourdes. Environ 70 Français ont été trouvés le lendemain matin seuls en dehors de la forêt dans les premières fouilles. Parmi lesquels, un lieutenant-colonel et trois autres officiers on été enterrés sur place.
Malgré les efforts des artilleurs du 56e régiment d’artillerie commandés par le colonel Sentis, le 142e R.I. appelé pour la circonstance « Régiment des braves » est arrêté dans sa progression. Le lieutenant-colonel Rouhan, 34 officiers et 1200 soldats de ce régiment sont tués. La 31e division lourdement éprouvée doit être relevée.
18 juin 2011
20 août 1914, les Allemands enlèvent le village de Vergaville
Le 20 août 1914, dans un combat rapproché couvert par l’artillerie, l’infanterie allemande contraint les Français à se replier sur Dieuze. L’Offizierstellvertreter Rust du 60e régiment d’infanterie " Markgraf Karl ", évoque en quelques lignes cette "tranche de la bataille de Dieuze" et les pertes subies. Il ne peut passer sous silence le comportement des Français de passage, alors qu’ils logent dans les casernes de la ville.
Le 18 août 1914, le 60e régiment d’infanterie venant de Wissembourg avait atteint la position en retrait de Bénestroff-Marimont. Les Français étaient entrés dans Dieuze et leurs troupes s’étaient avancées pour se porter sur Vergaville et Bidestroff. Les nôtres attendaient patiemment le moment pour passer à l’attaque qui arriva le 19 au soir. Très tôt le matin du jour suivant, nos troupes se sont élancées. En première ligne, le 60e avec son héroïque commandant était en tête. Le centre de la position ennemie était le village de Vergaville dont l’enlèvement allait être dû à tous nos braves du 60e. A peine les Français avait observé l’avance des allemands dans la direction de Guébling-Bourgaltroff qu’ils étaient soumis à un feu puissant de leur artillerie et de leur infanterie.
Au mépris d’un feu violent, notre vénéré commandant, le colonel von Tschirschnitz, a été personnellement tué le premier en avant de son régiment.
L’acharnement des soldats ne s’arrêtait plus. Presque trop vite, ils s’élançaient en avant pour rejeter l’adversaire par un combat rapproché. Sans avoir le temps de tirer, ils fonçaient irrésistiblement en avant par bonds, bien qu’un feu puissant les accueille et que les pertes se multipliaient. L’ennemi n’a pas pu résister à l’attaque, le village de Vergaville était enlevé et de ses positions, il se repliait dans la direction de Dieuze. Comment cela se présentait-il chez les Français ! Nos pertes étaient importantes, tout simplement terribles. Sur toute la ligne de front se trouvaient des quantités de morts et de blessés étaient entassés les uns sur les autres. Quand les premiers tirs de notre infanterie et de notre artillerie tombèrent dans les rangs des Français en retraite, le repli dégénéra en fuite. Il résultait que de nombreux véhicules abandonnés, certains encore attelés, étaient encore munis d’une grande quantité de sacs, de fusils, de cartouches etc. Sans s’arrêter, ils ont couru, de sorte que l’autre matin nos patrouilles avait pu annoncer que la Lorraine était totalement libérée.
Le 60e régiment d’infanterie trouvait à se loger dans les casernes de Dieuze.
Le 20 août, les premières correspondances reçues étaient remises à la troupe. La mélancolie des lettres et des cartes venant d’êtres chers nous attristait : des lettres que les morts ne devaient plus lire.
Comment ne pas décrire les ravages qu’avaient causé les Français dans les casernes de Dieuze. J’ai tendance à ne pas exagérer, mais ce que j’ai vu de mes propres yeux, de cela personne ne peut se faire une image. Dans les logements des officiers, des fonctionnaires, des sous-officiers mariés et dans les cantines, rien n’était resté en place. Lits, canapés, rideaux et nappes déchirés, meubles cassés, lampes et tableaux, ustensiles de cuisine, bref tout cela brisé. Même un album de timbres dans lequel j’ai trouvé les feuilles et les marques déchirées. D’autres obscénités, mais je veux me taire.
Le lendemain, la poursuite des Français qui s’enfuyaient continuait.
(extrait de " Unser XXI Armeekorps in Weltkrieg ")
03 juin 2011
CIRCUIT DE VISITE DU CHAMP DE BATAILLE DE MORHANGE
CIRCUIT DE VISITE DU CHAMP DE BATAILLE DE MORHANGE
Contrairement à d’autres sites de la Grande Guerre en Lorraine qui possèdent des vestiges (tranchées, casemates, etc..) Ici, c’est la découverte de l’étendue du champ de bataille qui vous donnera une idée de l’ampleur des combats qui se sont déroulés au cours des journées des 19-20 août 1914, et les stigmates, avec le nombre de cimetières militaires, de carrés militaires et de tombes particulières dans les cimetières communaux, mais surtout les monuments du souvenir, toujours bien entretenus par les organismes accrédités, à voir.
Pour le visiteur de passage sur cette terre d’Histoire et disposant d’une journée, je lui suggère de faire le parcours que j’arpente habituellement avec ceux que j’accompagne, en leur faisant les commentaires sur les différents lieux des combats.
MORHANGE : (En venant de Baronville N74, prendre direction Dieuze. L’emplacement du monument est signalé). L’Obélisque symbolise à lui seul le sacrifice des soldats français tombés glorieusement à la bataille. Le belvédère sur lequel il a été érigé permet une vue panoramique du champ de bataille et de la ville. De la garnison allemande, il reste le temple protestant, imposant édifice qui domine la ville, et quelques bâtiments de casernes restaurés.
Cimetière militaire allemand du Hellenwald : (N74 après passage voie ferrée). Implanté dans un cadre boisé, avec la partie ancienne du cimetière de garnison et ses stèles de l’époque.
LIDREZING : (D79c). Nécropole nationale française. Autre vue panoramique sur le champ de bataille et sur le village qui a su conserver l’église au clocher si particulier.
CONTHIL : (D79) Nécropole nationale française, ossuaire tombe collective. Pierre tombale de la sépulture du capitaine Fabry (Maison de la dernière cartouche).
RICHE : (Village) Monument du sergent Gardeur contre l’église.
(Route D79b) La plus importante Nécropole nationale française pour la bataille de Morhange, cimetière de regroupement. Tombe du fils du général de Castelnau. Monument.
Chapelle de style néogothique, avec les quatre vitraux consacrés aux héros du 20e corps.
ACHAIN. BELLANGE. DALHAIN : (D78) Village martyr.
CHATEAU-BREHAIN : (Bordure de la route 174f) Nécropole nationale française. Monument à la mémoire des soldats du 146e, 153e R.I. et 60e R.A.. Ossuaire tombe collective,
BREHAIN : (Sortie du village, chemin de Campagne) Nécropole nationale française. Monument à la mémoire du capitaine Mouchard 39e R.A.C., des soldats du 153e et 156e R.I.. Ossuaire tombe collective.
CHICOURT : (Dans le village) Nécropole nationale - Ossuaire militaire franco-allemand. Un monument français consacré au 146e R.I., ossuaire tombe collective. Un monument allemand, ossuaire tombe collective.
ORON : (Bordure de la route D20) Monument qui a été déplacé. A la mémoire des 77 officiers, sous-officiers et soldats du 43e Colonial et du 146e R.I., tués au cours des combats dans ce secteur. Les corps ont été transférés à Riche.
FREMERY : (Bordure de la route D70a) Nécropole nationale française, monument à la mémoire du 146e R.I., ossuaire tombe collective. Plaque rappelant que 13 soldats allemands reposent en ce lieu.
Concernant les lieux de mémoire de DIEUZE, VERGAVILLE, BIDESTROFF, CUTTING, BISPING, comptez une demi-journée pour la visite des lieux.
Pour en savoir plus : Jacques DIDIER, LORRAINE 1914. Guide des lieux de mémoire MORHANGE et le GRAND COURONNE DE NANCY. Ysec éditions, Louviers 2004.
25 mai 2011
Une leçon de patriotisme à la bataille de Sarrebourg
Le fantassin appelé comte de Pelleport, de son véritable nom, Wladimir de la Fite, marquis de Pelleport, reste une figure légendaire, blessé grièvement à la bataille de Sarrebourg le 20 août 1914. L’homme à l’imposante barbe blanche, âgé de cinquante-neuf ans s’engage début août et se retrouve incorporé à la 8e compagnie du 29e régiment d’infanterie en garnison à Autun.
Le 14 août, sa compagnie est reçue par une grêle de balles en débouchant d’un bois à Domèvre. Il s’y distingue et le soir, il est promu au grade de premier soldat.
Il écrit à son épouse depuis la mairie de Richeval : « Nous avons passé la frontière hier soir à 17 heures, et arraché le poteau aux couleurs allemandes. Il pleuvait à torrents…Un régiment allemand entier s’est rendu, le 109e, col,onel en tête. Nous avons pris dix-neuf camions automobiles superbes, une auto de luxe avec quatre officiers allemands…Nous marchons sans arrêt, absolument comme les anciennes légions de César… »
Le lendemain, à Sarrebourg, on se battait encore, mais on n’y retrouvait plus la même chance. Des bataillons entiers y succombaient, et c’était seulement après cinq jours de combats que le premier soldat Pelleport pouvait écrire à sa femme : « 25 août 1914, 10 heures du matin. – J’ai été blessé à la cuisse droite le 20…J’ai été ramassé par les Allemands qui me traitent bien…Je suis à Sarraltoff…Vers midi et demi, notre compagnie, la 8e, a été désignée avec la 7e pour aller remplacer notre 3e bataillon qui avait dû reculer, écrasé par l’artillerie ennemie. Nous sommes partis vers 23 heures et nous nous sommes glissés en silence, malgré les projecteurs, tout à fait en première ligne, le long des bords de la Sarre. Nous avons assisté là au feu le plus infernal qui se puisse concevoir de 5 heures du matin à midi. Nous n’avons pas perdu un homme, nous étions trop près des Allemands, et nous aurions pu tenir encore lorsque notre capitaine a commandé baïonnette au canon pour charger. La compagnie n’a rien pu faire. Je suis tombé aussitôt, une balle ayant pénétré, avec une force terrible, dans le haut de la cuisse…Heureusement elle est sortie, et j’espère qu’elle n’a rien laissé dans la plaie, qui est longue… »
Cette dernière lettre, n’avait pas été achevée, et l’héroïque blessé s’y trompait sur sa blessure, causée non par une balle, mais par un éclat d’obus, et qui était mortelle. De l’ambulance où ils l’avaient recueilli, les Allemands le transportaient à l’hôpital d’Heilbronn , il y expirait en arrivant, et on avait alors retrouvé la lettre sur lui.
En 1915, il est cité à l’ordre de l’armée :
De Pelleport Wladimir, soldat de première classe au 29e régiment d’infanterie. – A donné le plus bel exemple de patriotisme en s’engageant à cinquante-neuf ans pour la durée de la guerre ; a pris part à toutes les opérations du début de la campagne, faisant l’admiration du régiment par son endurance, son entrain et la beauté se son caractère ; le 20 août, à Sarrebourg, s’est précipité à l’assaut en tête de sa compagnie, a eu la cuisse fracassée par un éclat d’obus. Est mort au champ d’honneur.
Tiré de : Portraits de la Belle France de Maurice Talmeyr.
22 mai 2011
Un Dragon grièvement blessé dans un engagement
Le 4e régiment de Dragons, en garnison à Commercy, rejoint la 2e division de cavalerie, qui, le 14 août 1914, est regroupée, en un corps de cavalerie sous le commandement du général Conneau. Le journal de marche et des opérations de ce régiment relate les circonstances dans lesquelles le cavalier Chibout a été atteint par balles : « L’engagement du peloton du lieutenant Miron de l’Espinay (1er escadron) sur Langatte leur coûte 2 chevaux tués et un homme grièvement blessé qui doit être laissé dans ce village. Le cavalier Chibout a été ramassé par le brigadier Cros, qui avec l’autorisation de son officier, est retourné le chercher avec deux hommes de bonne volonté. Cet acte lui a valu plus tard la médaille militaire. »
Le curé de Langatte (Moselle) témoigne par écrit des circonstances de la mort de ce cavalier à son évêque :
Langatte, le 29 septembre 1915
Monseigneur,
En vous accusant réception de la lettre que votre Grandeur a bien voulu me transmettre touchant la mort du soldat français Chibout (*). J’ai l’honneur de vous informer de ce qui suit :
Dans le courant de l’automne dernier j’ai essayé à trois reprises de faire parvenir des nouvelles à la mère du soldat tombé au champ de bataille. Malheureusement mes lettres me sont se revenues chaque fois et aucune n’a été expédiée, bien que je les aie fait passées par l’intermédiaire de la Croix-Rouge de Genève. J’ai enfin perdu tout espoir d’aboutir
Voici ce qu’il en est :
1) Le 18 août, vers 10 heures du matin le soldat français René CHIBOUT a été transporté au presbytère par ses camarades. Il était grièvement blessé – blessure au bras et grave blessure – Autant que j’ai pu le constater, à peine deux heures plus tard se déclarait une péritonite enlevant tout espoir de guérison. Je l’ai confessé et lui ai administré l’extrême-onction ; il n’a pu recevoir le saint viatique à cause des fréquents vomissements provoqués par la péritonite. Ma sœur et moi nous avons soigné le soldat grièvement blessé, et nous l’avons veillé la nuit à tour de rôle, jusqu’à ce qu’enfin, après de grandes souffrances, il soit mort le jour suivant, 19 août, vers 7 heures du soir. Il a gardé pleine connaissance jusqu’à la mort. Il a fait vraiment une mort chrétienne et a eu le bonheur de mourir dans mes bras et de rendre son âme à son Créateur pendant la récitation des prières de l’église pour les agonisants
2) Le jour suivant 20 août, au milieu des fracas de la bataille, il a été enterré chrétiennement avec deux autres camarades dans le cimetière de Langatte ; à côté de ces trois soldats français reposent également 7 Bavarois. Comme tous les autres soldats tombés, il a été enterré sans cercueil seulement enveloppé dans un linceul. Il était malheureusement impossible de se procurer des cercueils en suffisance.
3) Bien souvent au milieu de ses souffrances, il a appelé « sa maman », mais ne voulait pas que sa blessure ni sa mort lui fussent communiquées, pour ne pas lui faire de peine.
Ce sera assurément une grande consolation pour sa pauvre mère de savoir que son fils est mort en chrétien, et qu’il repose en terre bénite à l’ombre du chœur de l’église de Langatte en attendant la résurrection glorieuse. Les tombes sont toujours bien entretenues.
Joseph Koch
Curé de Langatte
* D’après sa fiche individuelle, le cavalier de 2e classe Chibout René Michel, 4e régiment de Dragons (Commercy), est mort le 19 août 1914 au presbytère de Langatte d’une blessure perforante de l’abdomen par balle.
20 mai 2011
Un officier du génie tombé en Lorraine
Dans le petit cimetière communal de Landange en Moselle, une tombe d’officier entièrement restaurée, celle du sous-lieutenant Louis-Gaston Guyard du 4e régiment du génie dont l’historique du régiment relate les circonstances de sa mort :
Journées du 20-21 août 1914.
Sur la route de Lorquin (Moselle), c’est un défilé continuel de charrettes chargées de meubles et de paysans fuyant les représailles allemandes et poussant devant eux leurs troupeaux.
La compagnie du génie 8/4, qui était à Sarrebourg avec la 16e division, s’est repliée avec elle, le 20 à la dernière heure (elle fait partie de l’arrière garde spéciale aux ordres du colonel Perret, commandant le génie du 8e corps).
Elle a l’ordre de se retirer sur Héming, de préparer la destruction de deux ponts permanents sur le canal, l’un en pierre, l’autre à tablier métallique, et d’exécuter des retranchements pour en défendre les accès. Ces travaux sont de point en point exécutés. A l’aube du 21, au moment où l’ennemi s’engage sur le pont d’Héming, les deux ouvrages sautent. A leur poste, dans les tranchées ou les fossés de la route dominant le canal, les sapeurs ouvrent le feu sur l’ennemi ; le combat prend une violence inouïe. De nombreux cadavres allemands s’entassent de l’autre côté de l’eau. Cependant, un fort contingent ennemi a réussi à passer le canal plus en amont. La situation devient intenable. Il faut se replier sous les feux des mitrailleuses et des rafales d’obus ; le mouvement s’exécute en ordre et sans précipitation. Mais la compagnie a eu des pertes sensibles dont le sous-lieutenant GUYARD.
28 janvier 2011
La noble conduite du curé de Vergaville
Durant les sanglants combats du mois d’août 1914, l’abbé Henri Charpentier, curé de Vergaville (Moselle), se signala par un dévouement remarquable dans les soins qu’il apporta aux blessés et aux mourants des deux camps. Ce brave prêtre lorrain a eu une noble conduite dans ces journées tragiques. Suite à une demande d’une famille recherchant le corps de leur fils disparu à la bataille de Dieuze, le 20 août 1914, ceci probablement par l’intermédiaire de la Croix-Rouge en Suisse, l’abbé adresse à l’évêque de Metz le résultat de ses recherches.
Vergaville, le 17 juin 1915
Révérendissime Monseigneur,
Les recherches concernant le soldat Louis ENSUQUE (*) sont restées malheureusement restées sans réponse valable. Son nom ne se trouve pas sur la liste où quelques blessés sont morts à Vergaville, Dieuze, Bénestroff. Il ne figure pas non plus sur celle des blessés de notre hôpital local. Il est vrai que nos listes sont incomplètes. Il y a aussi, beaucoup de blessés qui ont été, immédiatement, emmenés du champ de bataille et quelques uns d’entre-eux sont morts en route. La publication de leurs noms rendrait bien des services.
Toutefois, pour moi, il est possible et même probable que Louis Ensuque soit mort à l’endroit même où il a été gravement blessé, en bordure de la forêt de Bride. Là, le combat a été si violent que, d’après les témoignages de ceux qui les ont enterrés, très peu de soldats français ont été retrouvés vivants.
Quelques-uns n’avaient plus de plaque d’identification, d’autres, ont été enterrés sur place le 3e jour, car leur cadavre était en décomposition. Il y en a plus d’une centaine dont les noms restent inconnus et où les parents sont toujours dans l’incertitude.
Pour cette famille, c’est vraiment désolant de n’avoir pu être en mesure d’établir un peu de clarté sur le sort de ce fils. Je reste disponible à tout moment.
M. l’abbé H. Charpentier
Curé de Vergaville
* Soldat, né en 1889 dans la région du Gard, incorporé au 55e régiment d’infanterie de Nîmes, 30e division d’infanterie, 15e corps d’armée. Tué à l’ennemi à Dieuze le 20 août 1914.
25 janvier 2011
VERGAVILLE, LE TRAQUENARD ANNONCE
Suite de la visite effectuée à l’automne 1914 par des correspondants de journaux allemands, limitée aux localités lorraines en partie très éprouvées par la bataille. Ces notes parues dans Images de la bataille de Lorraine, avaient pour but d’informer les lecteurs sur le déroulement des événements (19-20 août 1914).
Vergaville, commune comptant près de 800 habitants en 1914, est située dans le département de la Moselle, Lorraine annexée, sur la route qui va de Dieuze vers Bénestroff. En dehors du village, une petite gare fait office de station pour les voyageurs, sur la ligne ferroviaire Avricourt-Dieuze-Bénestroff. Tous les témoignages concordent pour dire que ce lieu incarne l’un des épisodes les plus sanglants de la grande bataille du 19 au 20 août 1914.
« Nous arrivons après quelques minutes, non loin de la route qui bifurque vers Bidestroff, la grosse ferme Steinbach montre encore un trou béant causé par un obus allemand. La ferme a terriblement souffert. Elle se trouvait directement dans la ligne de tir et a reçu le feu des deux côtés. Les dommages infligés aux toits des bâtiments ont été sensibles, une bonne part a partiellement été détruite. Dans les champs environnants, la charrue a effacé les nombreuses traces du combat du 20 août.
A Vergaville, le 17 août, les troupes allemandes qui avaient fait semblant de battre en retraite, s’étaient positionnées sur les hauteurs entre Bidestroff, Bourgaltroff et Bénestroff. Le mardi 18 août, première apparition des Français dans le village : c’était une patrouille d’un régiment de chasseurs à cheval de Lunéville. Les cavaliers avançaient avec précaution vers la sortie du village, dans la direction de la ferme Steinbach. A peine avaient-ils atteints la dernière maison, qu’ils tombèrent sous le feu des avant-postes allemands. Le premier des chasseurs est tombé de son cheval frappé à la poitrine, le deuxième a été blessé mais a pu être secouru par le troisième de la patrouille, tous deux ont pu être soignés dans le poste de secours organisé par les habitants, le maire et le curé, dans l’école des filles. A ce moment là, trois blessés allemands se trouvaient dans l’école.
Au cours de ces opérations, une patrouille du même régiment, forte de 15 hommes était entrée dans le village. Quand elle a entendu les coups de feu à la sortie de celui-ci, tous ont fait demi-tour et couru à bride abattue vers Dieuze. En le quittant, un blessé est tombé de son cheval, touché par une balle venant des avant-gardes allemandes qui progressaient. A 5 heures du soir, le chasseur français tombé, a été enterré par les troupes allemandes avec les honneurs militaires. Le reste de la journée se passa tranquillement. Dans la matinée du 19 août, vers 7 heures, des violents tirs d’artillerie, de temps en temps interrompus par des fusillades. Bientôt les obus tombèrent sur le village. Un pénétra dans le grenier de l’église et coupa la fixation du grand lustre qui tomba au sol dans un bruyant fracas. Une immense émotion s’empara des paroissiens, qui assistaient à la messe au nombre de 200. Tous terrifiés, se précipitèrent dans la sacristie et le chœur, où ils attendirent la fin du bombardement en prière. Au même moment, des obus français tirés de la position près de Lindre-Haute tombèrent sur un ensemble de bâtiments agricoles dénommé Pelone. Trois maisons prirent feu, lesquelles avaient déjà été détruites quelques années auparavant et venaient d’être reconstruite. Peu à peu, les troupes françaises occupèrent tout Vergaville et y installèrent même des canons au milieu des rues du village. Cela se passait vers 9 heures. A ce moment là, apparut un avion allemand au dessus du village, et à peine 10 minutes plus tard, des obus allemands explosaient dans Vergaville. Une pièce française fut détruite. Le caisson et la voiture de munitions se trouvent encore aujourd’hui devant une maison en face de la mairie. Un obus avait lui choisi comme victime, la cuisine des sœurs enseignantes et réduisit la vaisselle en petits moreaux. En dépit des tirs d’artillerie des troupes françaises, le 6e bataillon de chasseurs alpins et le 61e régiment d’infanterie, avancèrent vers le Rebert, vers la ferme Steinbach, et à gauche de Vergaville. Mais cette avance, alors que le soutien d’artillerie semblait être insuffisant, fut très meurtrière. Bientôt, de nombreux blessés se trouvaient dans le village. Le soir arriva une ambulance française. Un aumônier militaire français resta auprès des blessés jusqu’à environ 10 heures du soir, avant de rentrer à Dieuze. La grosse masse des troupes passa la nuit dans Vergaville et aux alentours. Il leur était interdit de pénétrer dans les maisons et de réquisitionner des vivres. Vers minuit, se déroula un court combat d’avant-poste, puis tout resta tranquille jusqu’au matin du 20 août.
Ce jour-là, les tirs d’artillerie français commencèrent dés 6 heures pour durer jusqu’à 8 heures. Ensuite, il y eut de furieux combats entre le Rebert et la gare de Vergaville. Au Rebert, les Français tombèrent comme des mouches nous a raconté un témoin oculaire. Les tranchées étaient remplies de morts. Vers 10 heures l’attaque allemande avait permis de stopper l’avance des Français et là-dessus, se retirèrent précipitamment vers Dieuze. Les troupes allemandes occupèrent le village et firent prisonnier l’ambulance française dans la cour de l’école. En peu de temps, environ 600 blessés, français et allemands, furent amenés dans le village.
De nombreux jeunes gens du village en transportèrent, sous une grêle de balles, dans l’école transformée en hôpital de campagne. Bientôt toutes les salles étaient remplies de blessés et 200 autres avaient été placés dans l’église. Il y en avait aussi beaucoup dans la salle de l’auberge Xardel.
(à suivre)
11 janvier 2011
MORHANGE, MENACE SUR LA CITE MILITAIRE
Morhange. Vestiges des monuments de l'ancien cimetière allemand de garnison
L’administration allemande qui a prévu, dès 1890, de renforcer sa frontière occidentale, mène des travaux importants de fortifications et double ses effectifs de militaires en Lorraine annexée.
Morhange, petit bourg rural de moins de 1.300 âmes avant 1870, devient une ville de 7.000 habitants avec l’arrivée des troupes le 1er avril 1890. L’installation de cette importante garnison transforme cette bourgade en une cité militaire. Ce choix est dicté par la proximité de Bénestroff, gare stratégique, devenue grand centre des chemins de fer militaires dans cette partie de la Lorraine. Son nœud ferroviaire permet d’envoyer des troupes sur les points de concentration de l’armée allemande, pour les couvrir directement en cas de menace par l’armée française.
La ville nouvelle sort de terre à l’est du village. D’immenses casernes sont construites ; construction d’un hôpital, d’un temple de garnison, d’un casino pour officiers et d’un hôtel des postes. Une brigade d’infanterie, un régiment de uhlans, plusieurs batteries d’artillerie viennent occuper ces quartiers. Des Allemands immigrés installent des brasseries, des boutiques d’objets à l’usage des soldats, des magasins d’équipement. Un quartier des officiers résidents abrite les ménages militaires, du général au sous-lieutenant. Les besoins de la garnison ne cessent de s’intensifier, et les nouveaux venus se montrent exigeants : buanderie à vapeur, boulangerie, abattoirs, fabrique de saucisses pour la troupe. La mauvaise humeur s’exprime chez certains militaires qui ont été déplacés à Morhange. L’arrivée dans la ville augure des jours sombres pour l’un d’eux : « Peu de monde dans les rues, personne au café, visages boutonnés qui vous regardent comme s’ils en voulaient de ce que vous aussi errez de par le monde ». Un cimetière est créé par les autorités militaires en 1893, réservé aux militaires et aux fonctionnaires. L’ancienne ville qui avait espéré une ère de prospérité avec les travaux entrepris, notamment concernant le réseau ferroviaire, la construction d’une gare, et l’arrivée de la garnison s’est trompée. L’administration militaire impose ses exigences tant sur le plan de l’instruction des enfants que sur tout le reste. Un tramway reliant la gare à la ville est inauguré le 20 décembre 1911.
Lorsque éclate la guerre, le plan Schlieffen a prévu de laisser pénétrer l’armée française le plus loin possible afin de la couper de ses arrières. Son but est de l’amener sur un terrain préparé à l’avance pour lui infliger des pertes. Le 19 août 1914, l’avance menaçante de l’armée française provoque une véritable panique dans la population des nouveaux quartiers de Morhange. Dès 14 heures, un véritable exode commence. Les Allemands immigrés de la nouvelle ville, complètement affolés, rassemblent à la hâte les objets les plus indispensables pour fuir dans les villages du Bischwald. Les vieux Morhangeois assistent en spectateur, plein de joie et d’espoir, à l’avance de l’armée française. Ils ne veulent pas demeurer des témoins impassibles ; ils commettent de graves imprudences qui vont coûter la vie à plusieurs personnes. Le père Cahé, figure bien connue à Morhange est tué devant sa porte, et son fils gravement blessé. La femme Goetz est tuée avec ses deux enfants dans sa maison au moment où elle se préparait à fuir. Ces malheureux événements décident les habitants à prendre plus de précautions. Divers combats d’avant-garde mettent en contact le gros des deux armées.
Dans la nuit du 19 au 20 août, deux régiments bavarois, un bataillon de chasseurs bavarois entrent dans Morhange et prennent position. Dès l’aube du 20, les Allemands attaquent en force. La ville se retrouve prise sous le canon des 75 et de l’artillerie lourde française en position devant Vannecourt. Le gazomètre, la demeure du directeur du gaz, plusieurs maisons rue de l’Église et sur la route de Baronville sont totalement démolis. Les habitants, rendus prudents par les événements des derniers jours, prennent l’habitude de se réfugier dans les caves. Les balles des Lebels viennent s’aplatir sur les murs des maisons.
Les 19 et 20 août, il est tombé environ 4.000 officiers et hommes de troupe. La plupart des blessés sont évacués sur Morhange et les environs. Les habitants, après avoir vu s’évanouir leur espoir de voir entrer les Français dans la ville, s’efforcent du moins, de soulager les blessés dans la mesure du possible, car les Allemands veillent et défendent l’approche des prisonniers blessés. Les dames et les jeunes filles s’ingénient à leur procurer des rafraîchissements, jusqu’à l’arrivée du personnel sanitaire allemand, qui interdit l’entrée dans les casernes. Après la bataille de Morhange, le front se déplace et s’établit aux environs de l’ancienne frontière jusqu’à la fin de la guerre. La ville a été préservée, mais elle subit encore le passage des troupes et des logements militaires.
Sources : Léon Maujean, Histoire de Morhange. Annuaire de la SHAL 1930.
Ardouin-Dumazet, Les Provinces perdues. B.L. Paris, 1907.
10 décembre 2010
Des civils lorrains pris en otage
Le général Piarron de Mondésir, commandant la 30e brigade, évoque dans ses souvenirs de guerre, que le 20 août 1914, il établit son P.C. à Haut Clocher (Moselle annexée), et fait comparaître des habitants. Devant leurs explications embarrassées, il les fait enfermer avant de les remettre entre les mains de la prévôté de la division. Il pense que ces gens sont probablement des traites, mais il n’est pas assez sûr de leur culpabilité pour les fusiller sur place. Il reste persuadé que l’ennemi avait organisé partout un réseau d’espionnage, et devait forcer les habitants, sous les pires menaces, à collaborer à ce service.
Le témoignage provenant de l’instituteur de Langatte, apporte un éclairage sur les arrestations préventives d’otages lorrains suspectés d’espionnage :
« Le 19 août 1914, des régiments entiers s’installèrent. Des troupes de toutes sortes. Vers 8 heures, un capitaine de cavalerie, accompagné de huit hommes, vint me chercher à l’école, m’emmena devant l’auberge Herzog où je restai prisonnier jusqu’à 13 heures. Pendant ce temps, Michel Koger le père et Léo le fils furent arrêtés. Ils passèrent devant moi ; on les emmenait en direction de l’église et de la forêt. Vers 13 h 30, ils revinrent garrottés. Tout le monde s’attendait à ce qu’on les fusille. Quel spectacle que de voir passer ces deux hommes ? Le père était comme cassé. Il tenait encore à peine debout. Personne ne pouvait les aider. Entre 5 et 6 heures, en vertu de la loi martiale, on les fusilla non loin de leur domicile. Quelle triste mort que d’être fusillé comme espion alors qu’on est innocent !
Ma vie ne tenait plus qu’à un fil ! J’étais certain d’avoir été dénoncé, que ce soit avec l’intention de me nuire ou non, simplement parce que j’étais d’origine prussienne ; Après 13 heures, j’ai pu regagner mon domicile que je devais ne plus quitter sous peine de mort. Vers 19 h 30, quatre hommes, revolvers chargés au côté, vinrent me chercher et me menèrent à l’auberge Wittmann où j’allais être retenu prisonnier en compagnie du maire et de six jeunes gens de Langatte. Ils avaient voulu également arrêter le garde forestier mais il avait décampé.
L’après-midi du 19, la terrible bataille faisait fureur. Quel vacarme ! Quels sifflements ! C’était vraiment inquiétant. Vers 17 heures, on amena les premiers blessés à l’école et à l’église. Navrant spectacle de guerre ! Les sœurs enseignantes et ma famille prirent soin des pauvres blessés. Pour moi-même, en vertu des menaces de condamnation à mort prononcées à 13 heures, il n’était plus question que je me montre. Comment se passa la nuit de captivité à l’auberge ? .A l’intérieur étaient assis le commandant de la place, un capitaine, et plusieurs officiers. Par deux fois encore, on me fit chercher et chaque fois on me menaça de me fusiller si quelque chose était entrepris contre les Français. En fait, le maire et moi-même étions otages, responsables d’un éventuel mauvais comportement des habitants du village. Pendant les divers interrogatoires, j’en appris un peu plus sur mon avenir. Vers 14 heures, messieurs les officiers étaient attablés et trinquaient joyeusement. On avait l’impression que la victoire ne faisait aucun doute pour eux. Et comme on ne trouvait plus de vin nulle part, je leur proposai le mien qu’ils trouvèrent à leur goût. Je pense que cela a plaidé en ma faveur. Il n’était plus question de dormir. Pendant la nuit, on vit passer le général de division, le colonel et d’autres officiers français.
Le matin du 20, vers 5 heures, les Français commencèrent les hostilités. Les canons étaient derrière l’auberge. On aurait dit que la maison allait s’écrouler ! La terre tremblait ! Et puis des hommes qui courent dans tous les sens. Vers 8 heures, arrivèrent les premiers blessés, certains légèrement, d’autres gravement. Enfin, vers 9 heures, vint la nouvelle : le maire et moi-même étions libres. Je courus vers la maison au milieu d’une pluie de balles. La joie d’avoir été libéré me fit oublier la peur.
Qu’en était-il de la bataille ? C’était terrifiant ! Les habitants terrés dans les caves imploraient le ciel pour qu’il les aide. Le bétail et les habitations étaient sévèrement touchés, de même que l’église et l’école…Les braves bavarois pénétrèrent en masse dans le village et chassèrent les Français paniqués. »
(extrait d’une traduction d’un document provenant des archives municipales de Langatte)
28 novembre 2010
Lieux de mémoire en Lorraine
Château-Bréhain. Monument et ossuaire tombe collective française.
Le 20 août 1914 vers 7 heures, une partie du détachement du général Wirbel (39e division) se maintient sous la fusillade et les tirs d'artillerie ennemis sur le terrain entre Oron et Chicourt. Il bloque ainsi l'avance des colonnes bavaroises et permet au 146e R.I. et 43e colonial, de se défiler par Château-Bréhain en direction de Château-Salins.
(J Didier, Lorraine 1914. Guide des lieux de mémoire Morhange Le grand Couronné de Nancy. Ysec édition 2004.)
31 octobre 2010
Prise de la ville de Sarrebourg
Extrait d’un discours tenu par général Reibel, lors d’une cérémonie commémorative, publié par le Journal « Le Lorrain ». Il commandait à cette époque, la 31e brigade, avant garde du 8e corps d’armée, sous les ordres du général de Castelli, et qui faisait partie de la 16e division du général de Maud’huy.
Nous avions eu déjà des combats meurtriers à Domèvre et à Blâmont, où nos troupes avaient reçu le baptême du feu et fait reculer la couverture allemande. Ma brigade – 95e et 85e régiments d’infanterie – était composée de Berrichons et de Morvandiaux, venus de Bourges et de Cosnes. C’étaient d’excellents soldats qui se battaient bien et qui aspiraient à libérer nos provinces perdues en 1870, avec l’âpreté du paysan qui ne se résigne pas à ce que les limites de son champ soient déplacées et qui ne cesse qu’il ne soit rétabli dans son intégrité. Par un heureux hasard, ils avaient à leur tête un enfant de Strasbourg commandant leur brigade, et une enfant de Colmar, le colonel Henri Rabier, comme commandant le 85e régiment. Notre général de division était de Metz. C’est vous dire l’enthousiasme de notre marche en avant, en pays annexé ! Cependant, il fallait être prudent. Le 16 août, à Lorquin, les braves gens chez qui nous étions logés nous avaient dit : « Méfiez-vous : en se retirant, les Allemands nous ont menacés d’un prochain retour.
Le 18 août, la 31e brigade, partant du moulin Zarixin, enlevait la position de Sarrebourg sous un bombardement violent, et elle s’installait aux alentours de la petite ville, qui nous accueillait en libérateurs. Le poste de commandement du colonel Tourret, commandant le 95e, était à la caserne d’artillerie, à la sortie est de la ville, sur la route de Strasbourg, le 85e occupait Hesse. Je m’installai à la sous-préfecture, que mon titulaire, un nommé Krieger, avait quittée précipitamment, laissant les clefs de toutes les armoires.
Le 19 août, le 85e alla occuper Buhl en poussant deux bataillons à Eich et Petit-Eich ; Le colonel Rabier, avec le 3e bataillon, était en réserve à Buhl. Le 2e groupe du 1er régiment d’artillerie, commandant Dessirier, était en position sur la hauteur du Rebberg, il était chargé d’appuyer ma brigade qui se trouvait en liaison vers la gauche avec la 32e brigade, colonel Marie, dont le 13e régiment, colonel Chombard de Sawe, occupait Hof au nord de la voie ferrée. Nous subîmes le 19 un bombardement de 210 et de 150, auquel nos batteries de 75 ne pouvaient répondre. Les pièces allemandes, derrière les hauteurs de Réding, se trouvaient à 10 ou 12 kilomètres et hors de portée des nôtres. Le bombardement continua la nuit, allumant des incendies, dont celui du parc à fourrages, voisin du lazaret militaire que nos blessés occupaient déjà et où, ils étaient admirablement soignés. J’ai pu le constater par le personnel de la Croix-Rouge allemande.
Dans la soirée me parvinrent les ordres d’attaque pour le lendemain 20 août : le 95e avait comme objectif les hauteurs de Réding, le 85e celles du nord de Eich et Petit-Eich.








