Le cimetière militaire d’Achain appelé « cimetière de la 39e division » regroupait les nombreuses tombes disséminées sur le territoire de Marthil, Bellange, Dalhain, Achain.

   En avril 1919, un inventaire était dressé par les maires des communes concernées, de façon à répertorier les tombes, à identifier les corps qui dans un premier temps avaient été inhumés sur les lieux mêmes des combats. Sur la liste concernant le secteur de Marthil, 42 tombes y figurent, dont la n°1 attribuée au St-Cyrien, le sous-lieutenant de Châteaurenard ; celle n°2, où ont été enterrés, dans la même fosse, le capitaine de Lenclos et le sous-lieutenant Barbillon du 153e R.I. Les inscriptions sur les croix indiquent qu’une majorité des tertres concerne des soldats du 153e R.I. et des artilleurs du 39e . A Bellange, au lieu dit : Moulin bas, c’est la fosse commune provisoire où repose le capitaine Tavard et cent deux corps de soldats du 160e R.I. Le corps du St-Cyrien, sous-lieutenant Hareng (160e R.I.) blessé mortellement, a été enterré dans la propriété de Mlle About.

   La municipalité du petit village d’Achain avait formulé le vœux  que tous ces corps soient enterrés à un même endroit sur le plateau du signal de Marthil. La commission nationale des sépultures donne son accord, à charge à la commune d’aménager le cimetière de façon rationnelle et d’entretenir les lieux. En août 1920, les travaux sont achevés et l’inauguration peut avoir lieu.

   Le correspondant du journal "Le Lorrain " résume pour ses lecteurs, cette journée du 19 août 1920, qui est également l’anniversaire de la bataille de Morhange.

   Le 19 août 1920, à 9 heures, un service religieux avait été célébré dans l’église d’Achain, en présence des généraux Tantot et Vouxaux, des colonels et des délégations des régiments de la 39e division, 146e, 153e, 156e, 160e régiments d’infanterie et 39e régiment d’artillerie. De l’église, le cortège se rendit sur le plateau au cimetière militaire d’Achain.

   Le cimetière dessine un vaste rectangle, traversé par deux allées, le coupant en croix ; au centre un rond point, et un calvaire, autour duquel sont déjà les quatre drapeaux et l’étendard de la 39e division : on remarque celui du 146e, dont la soie déchiquetée semble être emportée par le vent qui souffle en tempête. – les croix des tombes sont neuves, toutes blanches ; sur chacune a été peint un drapeau tricolore. Le plus grand nombre portent des noms, d’autres seulement des indications de grade et de régiment. Comment est-on parvenu à ces identifications ou à ces demi-identifications ?  c’est le secret du lieutenant Darche, du maréchal des logis Deshayes, et de leurs dévoués soldats ; c’est le secret du cœur de la population d’Achain, des populations de Marthil et de Bellange, c’est le secret de braves gens qui, durant l’hiver dernier, ont travaillé en liaison pour regrouper les reliques, et donner à chaque corps son cercueil et sa tombe.

   Les tombes sont elles-mêmes soigneusement entretenues. Elles ont été décorées avec simplicité,mais avec goût. Deux jours avant la cérémonie, femmes et jeunes gens avaient négligé tout travail domestique : durant deux jours, on a tressé des couronnes, puis coupé toutes les fleurs des jardins pour des bouquets, lesquels ont été réservés pour les tombes n’ayant pu être ornées par les familles ou pour les tombes anonymes. Enfin, une souscription avait été ouverte dans la commune, dont le produit – qui fait le plus grand honneur à la population d’Achain – a permis l’achat d’une splendide couronne déposée au pied du calvaire.

   Sur le front ouest du cimetière, le 156e régiment d’infanterie, sous le commandement du colonel Piazza, présente les armes. Les clairons sonnent aux champs. Après les prières liturgiques, le curé d’Achain prononce une brève allocution. D’une voix entrecoupée par l’émotion, il évoque les souvenirs de la bataille : dès son début, il était monté sur le plateau, et il était allé sous la mitraille porter ses consoltations aux mourants et aux blessés qui lui lançaient leurs appels : « Monsieur l’abbé à moi ! » et il affirme que les morts de la bataille d’Achain seront toujours honorés par ses paroissiens.

    Un défilé clôture la cérémonie.   

   Le 31 juillet 1920, la loi sur la restitution et le transfert des corps aux frais de l’état est promulguée. Quelque temps après commence le rapatriement des dépouilles dont certaines familles veulent se réapproprier les restes. Le cimetière d’Achain est bouleversé et se désorganise, des tombes vides alternent avec celles occupées. La commune n’est pas en mesure de le remettre en état. Dans un souci de maintenir ces lieux de mémoire, et malgré les protestations de la municipalité d’Achain et la révolte des consciences, la décision ministérielle prescrit de regrouper tous les corps restants au cimetière de Riche. Alors commence un travail de translation avec tous les égards dus à ces héros, sous la direction d’un officier de l’état civil et de M. Laurent Sauveur.  Cette lugubre besogne s’est poursuivie durant les mois de juin et juillet 1924. Le 24 août, une grande cérémonie réunit des milliers de pèlerins à Riche pour célébrer le dixième anniversaire de la bataille et l’inauguration du monument du cimetière. Un grand moment de recueillement en présence du général de Castelnau.

   La nature a repris ses droits à l’emplacement sur lequel se situait le cimetière d’Achain, et plus aucune trace ne subsiste aujourd’hui.

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