Ce qui avait été prévu pour l'offensive en Lorraine est bouleversé par la décision de Joffre.

   Dans son mémoire du mois d’avril, le général de Castelnau avait souligné qu’une offensive en Lorraine dans l’étroit couloir de Delme, sur un terrain hérissé d’obstacles, barré de solides organisations défensives et sous la menace du camp retranché de Metz, se heurterait aux plus graves difficultés. A plus forte raison, si on la lançait avec des moyens insuffisants et sans l’artillerie lourde qu’il avait jugée indispensable.

   Or, le jour fixé pour le début de l’offensive, deux corps lui sont retirés (9e et16e C.A.). Castelnau proteste, car elle le prive des deux cinquièmes de sa force vive pour une mission qui reste inchangée, et de moyens au moment où son armée va opérer sur un très large front dans une région forestière.

   Dans un courrier adressé à son fils Louis, il lui écrit : « Tu sais avec quel soin méticuleux et minutieux j’avais étudié dans certains cahiers la répartition et le groupement des forces et par quelles séries de déductions j’en étais arrivé aux conclusions et aux convictions qui m’animent. Rien, absolument rien n’est venu jusqu’à cette heure infirmer mon raisonnement. Je suis donc ulcéré de voir se produire des fantaisies dans des questions aussi graves, sous l’empire de déductions purement imaginaires. Je sais de quel cerveau échauffé sort ce brusque changement. J’ai toujours mis en garde qui de droit contre ces rêveries. Je regrette profondément et douloureusement de n’avoir pas été entendu. C’est un défi du bon sens. Il nous coûtera très cher… »

   Soldat discipliné, Le général de Castelnau s’incline et formule une protestation auprès du haut commandement  pour dégager sa responsabilité dans cette attaque qui va être lancée à l’aveuglette.

   Dans ses « Mémoires », Foch évoque ce théâtre d’opérations en Lorraine le trouvant isolé : «  De la côte de Delme, qui marquait l’extrémité des organisations avancées de Metz, jusqu’à la Sarre de Sarrebourg se présentait, sur une étendue de 45 kilomètres, le terrain disponible pour une offensive française… Avec ses positions de flanc et ses lignes de défense transversales qu’appuyaient les vastes places de Strasbourg et de Metz-Thionville, disposant d’un puissant réseau ferré, il constituait, aux mains du commandement allemand, un champ de bataille admirablement préparé pour arrêter l’adversaire avec peu de forces, et au besoin pour lui infliger un échec retentissantEn fait, la souricière allemande une fois tendue comme elle l’était en août 1914, pouvions-nous espérer dans un vigoureux élan l’enfoncer malgré sa profondeur de 60 kilomètres et passer au travers pour obtenir des résultats décisifs avant qu’elle ait eu le temps de jouer sur nous ? C’était plus que risqué.

   Foch explique qu’il nous suffisait, par une offensive de démonstration à coups répétés, d’obliger l’adversaire à la maintenir tendue pour immobiliser les forces ennemies qu’elle renfermait, par là, apporter notre aide à la grande bataille qui devait se dérouler ailleurs.

Sources : Général Gras, Castelnau où l’art de commander. Denoël, 1990.

                 Maréchal Foch, Mémoires pour servir à l’histoire de la guerre 14-18, tome premier. Plon, 1931.