La cérémonie d’inauguration du monument de Bidestroff, petit village au nord-est de Dieuze, s’est déroulée le 16 août 1936 à 15 heures. Plusieurs milliers de personnes se sont réunies au pied de la stèle effilée qu’une inspiration un peu étrange assurément, mais cependant d’une incontestable noblesse, a sommée des deux bras implorants et du visage fervent de Saint-Michel, archange, patron de Bidestroff, offrant en holocauste la vie des disparus.

   Un programme chargé où dans la partie officielle de nombreux discours sont prononcés. Le premier à prendre la parole est l’abbé Castelin, curé de la paroisse marseillaise de Saint-Georges-les-Catalans, aumônier de guerre de la 29e division. L’orateur termine sur une émouvante adjuration : «  O grands morts, nous vous avons laissé parler ; nous faisons ici le serment de travailler à vous continuer ; le sang que vous avez versé, d’un geste magnifique, offert par Saint-Michel puisse-t-il monter jusqu’au ciel, en faire descendre la paix sur la France et, par la France, sur le monde entier. »

   M. Iche représentant la ville de Nice, ancien du 141e R.I. blessé grièvement et fait prisonnier à Bidestroff vient dire sa reconnaissance. M. Massièra, président des Anciens combattants du 141e lui succède. Le colonel Caucanas, alors capitaine au 111e R.I., retrace les péripéties des opérations. Puis,  M. Delorme, président des Anciens du 3e R.I. de Marseille, intervient pour donner tout son sens au geste touchant qu’ont réalisé ses concitoyens, en le chargeant de déposer à Bidestroff un coffret en bois précieux rempli de terre de Provence recueillie aux Antiques de Saint Rémy et dit l’immortelle déclaration du félibre Félix Gras : « J’aime mon village plus que ton village, ma province plus que ta province : j’aime la France plus que tout. »

   M. Roger Rebstock, apparemment de souche alsacienne, ancien du 112e R.I. mandaté par le capoulié Marius Jouveau, s’exprimera comme il se doit en langue provençale, avant d’être traduite en français, pour apporter aux Lorrains un message de fraternité du félibrige et associer le consistoire du Félibrige aux fêtes de Bidestroff.

   Le général Molard, représentant le général Moiran, commandant le 15e corps et la place de Marseille, définit avec précision le rôle de la 2e armée et spécialement du 15e corps dans la bataille de Lorraine, évoquant les listes des morts aux cénotaphes des moindres villages de Provence « nulle part, elles ne sont plus longues » et concluant sur d’admirables passages des « Morts qui parlent » de Vogué.

   La cérémonie s’achève par la minute de recueillement. Puis, M. Bourcy, maire de Bidestroff convie tous ses invités à un vin d’honneur à la mairie.

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Monument de Bidestroff "Aux morts du 15e corps". (Version entièrement rénovée).

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Sur chacune des petites croix sont gravés les noms des régiments. Elles deviennent représentative des morts de ces différentes unités.

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