Dans le secteur de Lidrezing, au plateau du Haut-de-Kœcking, les compagnies du 79e R.I., après s’être déployées sur une position découverte battue par l’artillerie ennemie, gagnent la lisière de la forêt. Le caporal Martin, 8e compagnie du 2e bataillon, brosse un tableau de la situation de sa section, en fin de journée du 19 août 1914 :

   «  Dans cette pointe de forêt où nous sommes, arrivent continuellement, section par section, de nouvelles compagnies. Aussitôt là, chaque unité se couche pour se mettre à l’abri des balles égarées qui de temps en temps, avec un piououou ! bizarre, passent à hauteur d’homme, à travers les bois. Bientôt des forces assez considérables, en réserve sous les hautes futaies et dans les taillis, attendent le moment de sortir des couverts pour prendre part à l’action qui se déroule près de nous…mais l’ennemi faiblit visiblement : sa fusillade devient de moins en moins nourrie tandis que la nôtre crépite de plus en plus furieuse. Tout à coup de violentes détonations claquent à cent mètres à notre gauche. Une pièce de 75 vient de s’installer là, à l’angle du bois, et c’est elle qui tire. Cinq secondes se passent et la riposte allemande arrive. Un double sifflement remplit le ciel et deux obus éclatent au-dessus du bois ; leurs éclats fouaillent la cime des arbres au-dessus de nos têtes et une dégringolade de feuilles hachées, de branches brisées, de débris de fonte, s’abat sur nos sacs que nous avons prestement placés au-dessus de nous ; ce n’est pas dangereux. L’enchevêtrement des branches et des feuilles tamise  admirablement les éclats des fusants – tirés d’ailleurs beaucoup trop haut – qui  ne tombent sur nous qu’après que leur chute a été presque totalement amortie par leur passage à travers les frondaisons. Le bombardement continue. Au-dessus de nos têtes, c’est un fracas continuel d’explosions et nous distinguons, à travers les branchages, les roses blanches aux pétales soyeux que font s’épanouir dans le ciel les fusants ennemis. Mais à notre gauche le 75 continue ses aboiements furieux. Une voix jeune, vibrante d’enthousiasme, clame les indications de direction, de distance, de point de repère. Et la pièce crépite son feu, semble hurler d’aise, comme si l’âme des hommes était passée en elle et qu’elle leur empruntait leur enthousiasme du triomphe proche.

   Car l’artillerie allemande, à présent, halète, à bout de souffle. Ses obus arrivent sur nous, plus rares. Et voilà que la fusillade ennemie, elle aussi, semble à l’agonie. Elle crépite maintenant plus lointaine, par saccades. C’est la fin. Les Allemands, ce soir, sont débusqués de leurs positions, ils reculent. »

Ce passage est extrait du livre de Percival Martin « Ceux de l’Aube Rouge » journal de guerre d’un gas du 7-9. Imp. Thomas. Nancy, 1931.

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