Cimet 

          Morhange. Vestiges des monuments de l'ancien cimetière allemand de garnison

L’administration allemande qui a prévu, dès 1890, de renforcer sa frontière occidentale, mène des travaux importants de fortifications et double ses effectifs de militaires en Lorraine annexée.

   Morhange, petit bourg rural de moins de 1.300 âmes avant 1870, devient une ville de 7.000 habitants avec l’arrivée des troupes le 1er avril 1890. L’installation de cette importante garnison transforme cette bourgade en une cité militaire. Ce choix est dicté par la proximité de Bénestroff, gare stratégique, devenue grand centre des chemins de fer militaires dans cette partie de la Lorraine. Son nœud ferroviaire permet d’envoyer des troupes sur les points de concentration de l’armée allemande, pour les couvrir directement en cas de menace par l’armée française. 

   La ville nouvelle sort de terre à l’est du village. D’immenses casernes sont construites ; construction d’un hôpital, d’un temple de garnison, d’un casino pour officiers et d’un hôtel des postes. Une brigade d’infanterie, un régiment de uhlans, plusieurs batteries d’artillerie viennent occuper ces quartiers. Des Allemands immigrés installent des brasseries, des boutiques d’objets à l’usage des soldats, des magasins d’équipement. Un quartier des officiers résidents abrite les ménages militaires, du général au sous-lieutenant. Les besoins de la garnison ne cessent de s’intensifier, et les nouveaux venus se montrent exigeants : buanderie à vapeur, boulangerie, abattoirs, fabrique de saucisses pour la troupe. La mauvaise humeur s’exprime chez certains militaires qui ont été déplacés à Morhange. L’arrivée dans la ville augure des jours sombres pour l’un d’eux : « Peu de monde dans les rues, personne au café, visages boutonnés qui vous regardent comme s’ils en voulaient de ce que vous aussi errez de par le monde ». Un cimetière est créé par les autorités militaires en 1893, réservé aux militaires et aux fonctionnaires. L’ancienne ville qui avait espéré une ère de prospérité avec les travaux entrepris, notamment concernant le réseau ferroviaire, la construction d’une gare, et l’arrivée de la garnison s’est trompée. L’administration militaire impose ses exigences tant sur le plan de l’instruction des enfants que sur tout le reste. Un tramway reliant la gare à la ville est inauguré le 20 décembre 1911.

   Lorsque éclate la guerre, le plan Schlieffen a prévu de laisser pénétrer l’armée française le plus loin possible afin de la couper de ses arrières. Son but est de l’amener sur un terrain préparé à l’avance pour lui infliger des pertes. Le 19 août 1914, l’avance menaçante de l’armée française provoque une véritable panique dans la population des nouveaux quartiers de Morhange. Dès 14 heures, un véritable exode commence. Les Allemands immigrés de la nouvelle ville, complètement affolés, rassemblent à la hâte les objets les plus indispensables pour fuir dans les villages du Bischwald. Les vieux Morhangeois assistent en spectateur, plein de joie et d’espoir, à l’avance de l’armée française. Ils ne veulent pas demeurer des témoins impassibles ; ils commettent de graves imprudences qui vont coûter la vie à plusieurs personnes. Le père Cahé, figure bien connue à Morhange est tué devant sa porte, et son fils gravement blessé. La femme Goetz est tuée avec ses deux enfants dans sa maison au moment où elle se préparait à fuir. Ces malheureux événements décident les habitants à prendre plus de précautions. Divers combats d’avant-garde mettent en contact le gros des deux armées.

   Dans la nuit du 19 au 20 août, deux régiments bavarois, un bataillon de chasseurs bavarois entrent dans Morhange et prennent position. Dès l’aube du 20, les Allemands attaquent en force. La ville se retrouve prise sous le canon des 75 et de l’artillerie lourde française en position devant Vannecourt. Le gazomètre, la demeure du directeur du gaz, plusieurs maisons rue de l’Église et sur la route de Baronville sont totalement démolis. Les habitants, rendus prudents par les événements des derniers jours, prennent l’habitude de se réfugier dans les caves. Les balles des Lebels viennent s’aplatir sur les murs des maisons.

   Les 19 et 20 août, il est tombé environ 4.000 officiers et hommes de troupe. La plupart des  blessés sont évacués sur Morhange et les environs. Les habitants, après avoir vu s’évanouir leur espoir de voir entrer les Français dans la ville, s’efforcent du moins, de soulager les blessés dans la mesure du possible, car les Allemands veillent et défendent l’approche des prisonniers blessés. Les dames et les jeunes filles s’ingénient à leur procurer des rafraîchissements, jusqu’à l’arrivée du personnel sanitaire allemand, qui interdit l’entrée dans les casernes. Après la bataille de Morhange, le front se déplace et s’établit aux environs de l’ancienne frontière jusqu’à la fin de la guerre. La ville a été préservée, mais elle subit encore le passage des troupes et des logements militaires.

   

Sources : Léon Maujean, Histoire de Morhange. Annuaire de la SHAL 1930.

                Ardouin-Dumazet, Les Provinces perdues. B.L. Paris, 1907.

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