Dans ses notes qu’il rédige depuis son lit d’hôpital, le sergent fourrier Gabolde, servant au 69e R.I., nous fournit certains détails concernant l’assaut mené par le 1er bataillon, le 20 août 1914, au moment de la contre-offensive allemande sur le Haut de Koeking, cote 343.

   « L’ordre d’attaque est remis au commandant Segond à l’entrée du bois de Bride. Nous quittons la route et par un chemin en sous-bois, nous progressons vers la lisière du Haut de Koeking à l’assaut de la cote 343 qui domine le pays de Morhange….

   Mais à peine étions-nous empêtrés dans les hautes avoines qui gênent notre course qu’une fusillade nourrie éclate de toute part. Des rafales de mitrailleuses couchent les avoines et nous forcent à nous jeter à plat ventre. Autour de moi des cris et des plaintes. Je vois mes camarades qui se traînent vers les lisières en laissant de longues traînées de sang. Mon attention est bientôt attirée par des balles plongeantes qui viennent nous clouer au sol ; l’ennemi, qui est grimpé dans les arbres du bois, se sert de nous comme cibles vivantes…

   A peine dans le bois, je trouve notre commandant de compagnie blessé et le lieutenant étendu qui agonise à côté de lui. Le capitaine commandant la 4e compagnie est tué et est demeure dans le champ d’avoine.

   L’ordre de repli immédiat est transmis oralement. Il faut quitter les lieux rapidement, et, en fait de blessés, nous ne pouvons emmener que le commandant qui râle étendu sur nos fusils. Le bois est cerné, et la fusillade invisible demeure nourrie. »

(Extrait des cahiers du sergent fourrier. Souvenirs de la Grande Guerre. Edition L’Harmattan, Paris)