Au moment de la bataille de Morhange, l’activité pastorale de tous les curés des paroisses concernées par les combats, va aller bien au-delà de leur sacerdoce. L’abbé Schowing, curé de Rodalbe, petit village proche de Morhange et de Lidrezing, aux confins du Saulnois et du pays Albenois, rédige une chronique dans laquelle il note qu’au cours de ces trois jours que durent les combats, le service sanitaire allemand est débordé. S’exposant au danger et risquant sa vie, il constitue avec ses paroissiennes une équipe de bénévoles pour s’occuper des blessés.

   « Le 18 août, le Kronprinz Rupprecht de Bavière est venu à Rodalbe passer une inspection des troupes qui vont devoir livrer bataille dans le secteur de Morhange.

    Le 19, C’est dans l’après-midi que commence la bataille sur le plateau de Lidrezing entre la ferme du Haut de Koeking et le Bois Renardvignes.

   Des avions français survolent le village. Les cloches sonnent pour la dernière fois pour la messe. Fort tonnerre de canons. Des troupes de toutes sortes traversent le village en direction de la frontière. On s’attend à une bataille sur la commune de Rodalbe. Les Français ne doivent plus être très loin. Des chariots garnis de paille quittent le village pour se rendre sur le champ de bataille, en vue de ramasser les blessés. La bataille fait rage près de Lidrezing, ainsi qu’entre Baronville et Destry. Vers 3 h, des médecins débarquent à Rodalbe. Le presbytère, l’école et l’église ont été aménagés en salles d’opérations, en salles de pansements ou en infirmerie. Des braves gens amènent des matelas et des draps. Même les plus pauvres ne restent pas à l’écart. Le drapeau blanc à croix rouge flottait sur le presbytère, sur l’école et sur l’église. Vers 5 h, arrivèrent les voitures de blessés, l’une derrière l’autre. Comme tous ces braves combattants sont arrangés Quel spectacle épouvantable Partout des blessés : dans l’église, la salle de classe, le presbytère, la mairie, le cimetière autour de l’église, les rues près de l’école. Et sans cesse d’autres arrivent. Les femmes et les jeunes filles, avec le curé en tête, s’occupent charitablement des blessés et leur apportent du lait, du miel, du sirop, des œufs, du café, du pain, etc..., bref, tout ce que leur inspire l’amour du prochain. Les pauvres blessés, amis ou ennemis, sont touchés par les bons soins que les gens leur prodiguent. Vraiment la population a fait preuve d’un grand dévouement, car plus de 600 blessés ont été soignés par elle. Vers 7 h du soir arrive un transport de prisonniers français. Durant toute la nuit une confusion totale règne dans le village. »

(extrait de la chronique des années du guerre à Rodalbe. Les Amis du pays d'Albe n° 29/1998.)