Le 14 août 1914, conformément aux directives qu’elle a reçues, la 2e armée a rassemblé ses forces actives dans la région de Nancy pour entamer sa marche offensive en direction du Nord-Est, Ces instructions lui indiquent de se couvrir dans la direction inquiétante du vaste camp retranché de Metz-Thionville. La protection de Nancy est confiée au 2e groupe de divisions de réserve commandée par le général Durand. Le groupement ennemi lancé contre le front Nord du Grand Couronné, disposant de troupes de toutes armes, se heurte aux avant-postes de la 59e division, disposés le long de la Seille inférieure et dont le centre est le bourg important et le pont de Nomeny. Le rôle dévolu aux avant-postes consiste à couvrir les lignes principales de résistance, reconnaître l’ennemi, le contenir pour donner au gros des troupes le temps et l’espace qui leur permettront de prendre leurs dispositions de combat.

   Des consignes sévères sont données tout le long de la frontière. Le 1er août, la gare de Nomeny est fermée au trafic des marchandises et, dans la soirée, au transport de voyageurs. A 5 heures du soir, le clairon, aux notes brèves et voilées, puis le tocsin lugubre, retentissent successivement dans les rues et du haut de la vieille tour médiévale.

    À 6 heures, un dragon, dans une auto militaire, passe à toute allure, pour aller porter, aux derniers villages frontières, l’ordre de mobilisation. Il n’y a plus de doute possible : c’est la guerre. La dépêche ministérielle a spécifié que le premier jour de la mobilisation est le 2 août ; mais pendant toute la nuit, les gendarmes ont distribué des ordres individuels aux deux tiers de la population.

   A 7 h 30, une troupe bruyante défile en chantant la Marseillaise. Ce sont les mobilisés des villages nord-est : Raucourt, Abaucourt et Mailly qui s’en vont rejoindre leur corps. Ceux de Nomeny ne tardent pas à les suivre : les femmes pleurent ; les enfants s’accrochent à leurs pères ; mais du côté des hommes, les adieux sont brefs et les larmes contenues : dans l’épreuve comme dans la joie, le  Lorrain sait dominer son émotion.

   Le lendemain 2 août, des troupeaux de bêtes réquisitionnées affluent des villages frontières et se dirigent vers les trains de combat de la 22e brigade, 37e et 79e occupés à des travaux de défense, sur les pentes du Mont Toulon et du Mont Saint-Jean.

(Extrait de : Ch. Rolin, La Défense du Couronné de la Seille.)