On ne peut se faire une idée de l’importance des combats qui se sont déroulés en Lorraine, où, Allemands et Français qui se font face, ont formé une ligne de front ininterrompue s’étendant sur une centaine de kilomètres.

   Un officier allemand blessé au combat à Dieuze dresse le tableau de la bataille :  

   « L’affrontement principal, au cours duquel huit corps d’armée français ont été refoulés entre Metz et les Vosges et qui, grâce à une poursuite impitoyable les a fait refluer vers leurs bases principales, s’est produit le jeudi 20 août. Dans la nuit du 19 au 20, nous nous attendions à une attaque française, nous avions dormi dans des tranchées près de Bourgaltroff. Mais, bien que de temps en temps des tirs de groupes de reconnaissance aient été échangés, les Français n’avançaient pas. C’est alors que vers 5 h 30, de notre côté, l’ordre d’attaquer les positions françaises à l’ouest et à l’est de Dieuze est ordonné. Les Français occupaient un avant-poste près du bois de Monacker, au nord-ouest de Vergaville. Nos troupes les prennent sous un feu intense, auquel ils ripostent vigoureusement. Sous la puissance de nos mitrailleuses, le feu de l’infanterie française décroit alors en intensité et malgré les obstacles, telle l’avoine encore sur pied dans les champs, nos hommes se sont rués sur l’ennemi avec un courage frénétique, en poussant l’attaque vers l’avant. Pendant l’avancée, un feu flanquant provenant de quelques maisonnettes dans les parcelles du vignoble, au bord des bois de Monacker, et devant être occupées par des blessés, nous interpelle. Bientôt, nos troupes mettent fin à cette manœuvre ignoble, passant par les armes les occupants des maisons et détruisant celles-ci. Les troupes allemandes s’emparent de l’aile droite suite à une brillante attaque à la baïonnette. Les Français ébranlés se retirent et s’enfuient en direction de leur position. Les champs couverts de cadavres français témoignent de la razzia épouvantable que la mort avait faite parmi eux. Tout le monde reculait vers sa position principale, d’où un tir d’artillerie masqué, meurtrier tentait de retenir nos vaillants garçons. Mais en vain ! C’est vers l’avant et avec une force irrésistible que les côtes étaient gravies, et sous cette poussée ainsi que sous le tir énergique de l’artillerie allemande, l’ennemi évacue sa position principale sur toute la ligne. A notre gauche le combat progresse, l’ennemi fuyait vers Dieuze, de là, les troupes retraitaient vers Lunéville.

   Des voiturées de cartouches françaises tapissaient le sol. Déjà lors de la prise de la position française, nous avions trouvé des mulets qui étaient encore chargés de mitrailleuses et d’autre matériel et, dans la position principale de l’ennemi, des batteries de très gros calibre, dont les chevaux n’avaient pas encore dételés, mais abattus avec leur harnachement et qui gisaient sur le sol. Toute la route de Vergaville à Guébling était recouverte de pantalons rouges, preuve que, même lors de sa retraite, des pertes énormes ont été infligées à l’ennemi. Un major français, voyant son bataillon détaler, se positionna sur le talus d’un fossé et donna lui-même la mort. Par centaines les Français étaient faits prisonniers et suppliaient qu’on les laisse en vie. Partout ça grouillait de prisonniers français. Nombre d’épisodes peuvent démontrer le peu de résistance que l’ennemi manifestait malgré " l’enthousiasme"  dont il se vantait. Trois groupes de nos hommes ont délogé une section française de 100 hommes d’un bâtiment d’une gare. Ces derniers, il est vrai ouvrirent le feu sur le peu d’Allemands s’approchant, mais, nos hommes ne se laissaient pas intimider et lorsqu’ils étaient à une centaine de mètres, les Français tendirent un drapeau blanc, pour mettre leur vie et leur santé en sécurité. Par contre, les troupes allemandes étaient animées d’un héroïsme qui produisait les résultats les plus brillants.

   Dans ce combat, on eut l’impression que chez les Français, le tir des blessés était méthodique. De cette manière, un grand nombre de guerriers allemands ont laissé leur vie, parmi lesquels le colonel d’un régiment. Après ces sombres expériences, du côté allemand on est devenu prudent et on enlève les armes aux prisonniers français, avant de s’occuper d’eux. L’ambulance travaillait de manière exemplaire, la main dans la main. »

(Tiré d'un ouvrage allemand sur la guerre 1914.)