Au moment où l’on s’apprête à commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale, parmi les multiples commémorations en Lorraine, je veux évoquer celle de Riche et les origines de sa Nécropole nationale française qui remontent aux tragiques journées des 19 et 20 août 1914, où nos vaillants soldats ont reçu le baptême du feu et sont tombés pour la France et la délivrance de l’Alsace et de la Lorraine. Toutes ces victimes de la première heure ont été inhumées sur les lieux des combats.

   L’autorité militaire allemande de la garnison de Morhange, face à l’hécatombe, ordonne quelques jours après la bataille, la mise provisoire en fosses communes des corps français et allemands (près de 400 français et 300 bavarois). Une cérémonie a lieu le 25 août 1914, en fin d’après-midi sous la pluie, débutant par une bénédiction des fosses. L’abbé Mercier, curé de Riche, accompagné de l’archiprêtre Brech de Morhange, parcourt les fosses en les aspergeant d’eau bénite en présence du pasteur et du rabbin de Morhange ; les aumôniers militaires allemands ont été conviés à l’absoute. Les honneurs ont été rendus par un détachement bavarois en armes, en présence des autorités de la ville de Morhange, d’une délégation des Sapeurs- Pompiers, des habitants et des enfants des écoles venus assister au service funèbre. A la fin de la cérémonie, des couronnes et des fleurs sont déposées sur chaque fosse à l’endroit même du champ de bataille.

    L’arrêté de M. le Préfet de la Moselle, en date du 25 janvier 1921, autorise la création d’un cimetière militaire mixte sur le territoire de la commune de Riche. Avec le regroupement de nombreux cimetières de la région, celui de Riche recueille les glorieux restes des héros provenant de Pévange, Fonteny, Achain, Bidestroff, Kerprich et Oron. Il regroupe 2 415 corps dont 1 088 en deux ossuaires. Ces soldats français appartenaient aux 20e et 15e corps d’armée. Dans une partie de la nécropole se trouvent des tombes russes, provenant de soldats décédés dans les camps de prisonniers de Morhange.

   Rare nécropole à posséder sa chapelle de style néo-gothique datée de 1847, provenant du parc du château de Bathelémont, commune de Saint-Médard (Moselle), donnée par leur propriétaire Mlle de Bourcier, Mme la Comtesse et M. le comte Georges Bourcier en 1927, à M. l’abbé Mercier, curé de Riche. Six vitraux remarquables.

   Dans ce cimetière repose la dépouille du sous-lieutenant de Curières de Castelnau du 4e B.C.P., fils du général de Castelnau, tombé le 20 août 1914 à Pévange.

   Le monument situé au milieu de la nécropole, en forme de pyramide tronquée, a été érigé sur l’initiative du Groupe Turenne (anciens du 37e d’infanterie), et a été inauguré le 24 août 1924 en présence du général de Castelnau.

   Au cours de la célébration du premier anniversaire de la bataille, le général de Maud’huy, en trois phrases lapidaires, dit qu’il ne parlera pas aux morts. Leurs âmes sont au-dessus des choses terrestres. Mais il est une chose qui ira jusqu’à eux. Et il commande aux clairons et tambours de sonner successivement le Réveil, le Garde à vous ! Au Drapeau ! Et enfin la Charge.

(Tiré du livre de Jacques Didier, Lorraine 1914 Guide des lieux de mémoire Morhange, le Grand Couronné de Nancy. Ysec 2004.)

 

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(Collection de l'auteur)